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Opéra de Monte-Carlo : brillant diptyque de Maurice Ravel à l’Opéra de Monte-Carlo

Opéra de Monte-Carlo : brillant diptyque de Maurice Ravel à l’Opéra de Monte-Carlo

mardi 25 mars 2025

Monte-Carlo célèbre cette année Maurice Ravel avec deux œuvres emblématiques de son répertoire : L’Heure espagnole et L’Enfant et les Sortilèges

La mise en scène de ce diptyque de Ravel a été confiée à Jean-Louis Grinda, ancien directeur de l’Opéra de Monte-Carlo. Fidèle à ses habitudes, il s’est entouré de son équipe artistique régulière : Rudy Sabounghi pour les décors et les costumes, Laurent Castaingt pour les lumières et Eugénie Andrin pour la chorégraphie 

1- L’heure espagnole

Tout d’abord L’Heure espagnole sur un livret plein d’humour de Franc-Nohain, créé à l’Opéra Comique à Paris en 1911 en forme de vaudeville (la même année que Mais n’te promène donc pas toute nue de Georges Feydeau) typique de l’esprit ironique français du début du XXe siècle.

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©OMC – Marco Borrelli

Lorsque l’horloger Torquemada part régler les horloges de la ville il a bien tort de laisser seule dans la boutique sa femme Concepcion ! Celle-ci douée d’un fort tempérament profite de son absence pour recevoir ses amants (déplacés sans cesse dans les horloges) et tenter- en vain – d’assouvir ses désirs.

L’arrivée imprévue d’un muletier, Ramiro, va in fine, lui apporter la satisfaction tant attendue.

Le décor, d’une poésie singulière, évoque l’univers de Peynet, le célèbre caricaturiste. Il représente l’intérieur d’une boutique espagnole – une horlogerie – où s’exposent de nombreuses pendules, toutes fabriquées par le maître des lieux, Torquemada. Ce cadre visuel enchanteur contribue à l’atmosphère onirique de la production.

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©OMC – Marco Borrelli

Parmi les interprètes, on retrouve la talentueuse mezzo-soprano française Gaëlle Arquez, dont la carrière rayonne à l’international. Le public a pu l’applaudir notamment dans Carmen à l’Opéra de Paris ou au Royal Opera House de Londres, dans le rôle de Charlotte dans Werther à l’Opéra de Vienne, ou encore dans une remarquable Belle Hélène au Théâtre du Châtelet. En femme libre autant que sensuelle elle brûle les planches par son jeu sensuel et subtil tandis que sa voix chaude et puissante fait merveille dans pareil emploi.

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©OMC – Marco Borrelli

L’entourent Florian Sempey devenu aujourd’hui un des plus éminents barytons français habitué – entre autres – du Festival d’Aix (Lucie de Lammermoor et Iphigénie en Tauride) qui campe le rôle d’un muletier fort en muscles, de Cyrille Dubois en virevoltant Gonzalve poète lunaire (à la suprême technique vocale) et de Matthieu Lecroart parfait en riche financier, sans oublier Vincent Ordonneau, dessinant un horloger Torquemada, aussi distrait que (trop) naïf

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©OMC – Marco Borrelli

Tous savent merveilleusement jouer (quel dynamisme !) et possèdent une parfaite articulation et une diction permettant d’apprécier chaque mot du texte (malicieux). On goûte avec un plaisir – ô combien délectable ! – la mise en scène millimétrée de Jean Louis Grinda qui outre les grands ouvrages lyriques du répertoire a su avec beaucoup de talent et de dynamisme servir comme peu l’opérette et la comédie musicale.

La partition colorée, légère et piquante, truffée de rythmes ibériques évocateurs dégage charme et transparence sous la baguette experte de Kazuki Yamada à la tête de l’Orchestre Philharmonique de Monte-Carlo

Quel bonheur ! Quel régal !…

Christian Jarniat
25 mars 2025

Direction musicale :Kazuki Yamada
Mise en scène :Jean-Louis Grinda
Décors et Costumes :Rudy Sabounghi
Lumières :Laurent Castaingt
Chorégraphie :Eugénie Andrin
Chef de chœur :Stefano Visconti
Vidéos :Jérôme Noguera, Micha Vanony
Assistante à la mise en scène :Vanessa d’Ayral de Sérignac
Chef de chant :David Zobel
Assistant à la direction musicale :David Molard Soriano
Assistante aux lumières :Eleonora Rodigari

Distribution :

Concepción :Gaëlle Arquez
Gonzalve :Cyrille Dubois
Torquemada :Vincent Ordonneau
Ramiro :Florian Sempey
Don Inigo Gomez :Matthieu Lécroart

Orchestre Philharmonique de Monte-Carlo

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©OMC – Marco Borrelli

2 – L’Enfant et les sortilèges

Cette fantaisie lyrique de Maurice Ravel sur un livret de Colette fut créé en 1925 à l’Opéra de Monte-Carlo. On en fêtait donc le centenaire .

Le décor de L’Enfant et les Sortilèges tranche considérablement avec celui de L’Heure Espagnole. Autant ce dernier s’adonnait à une légèreté quasi impressionniste, débordant d’une lumière intense, autant le décor du deuxième volet de ce diptyque – avec des détails très appuyés et des tentures assez lourdes – s’avère volontairement « pompeux ». Une volonté sans doute de mettre en exergue une certaine opulence dans cette demeure où une nuée de serviteurs hommes et femmes vont et viennent avec des gestes un peu mécaniques comparables à ceux de robots. Ceci permet d’ailleurs à Eugénie Andrin de s’en donner à cœur joie dans une chorégraphie rapide et survoltée dont on admire la parfaite technicité.

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©OMC – Marco Borrelli

Nous avions quitté Gaëlle Arquez dans L’Heure Espagnole en femme sensuelle capable dans le même temps de satisfaire plusieurs amants. Nous la retrouvons par un contraste saisissant avec des cheveux courts dans le rôle d’un gamin capricieux (pas étonnant dans le milieu dans lequel il vit !) insupportable et cassant tout dans la chambre dans laquelle il se trouve. La mère partie (excellente prestation de la mezzo Axelle Saint-Cirel), le jeune garçon va se retrouver seul dans la pièce et tous les objets (et animaux) vont tout d’un coup s’animer (comme dans un rêve) en un ballet fantastique. L’horloge comme le fauteuil vont prendre forme « vivante », tandis que sous certaines lames du parquet vont surgir des flammes.

On se trouve plongé dans une sorte de conte fantastique (teinté de rêve). La tapisserie du fond de la pièce va devenir d’ailleurs une sorte d’écran où les personnages en silhouettes s’animent (excellent usage de la vidéo).

On trouve en outre une princesse en haut de l’armoire, et l’enfant est en quelque sorte sous le charme et l’exprime dans un air admirablement chanté par Gaëlle Arquez.

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©OMC – Marco Borrelli

C’est ensuite tout une classe qui débarque avec un professeur et qui vient occuper la pièce où apparaissent au milieu de la forêt des animaux : une chatte, mais aussi une libellule avec des danseurs entrelacés. La libellule et la princesse entament un duo, tandis que surgissent une chauve-souris, une grenouille, une chouette… et une projection des flots dans le miroir.

L’enfant ravi d’avoir croisé tous ces personnages s’exprime avec des sentiments qui reflètent tout ce qu’il a vu au travers de ses beaux yeux plein de charme. Avec le retour de la mère tout redevient comme avant et l’enfant pardonné s’endort, désormais bien sagement.

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©OMC – Marco Borrelli

Faisant contraste avec L’Heure Espagnole dont la thématique principale s’appuie sur de motifs ibériques avec un rythme tout particulier de langueur et de sensualité, Ravel utilise en la circonstance toute sorte de thèmes musicaux qui baignent dans une ambiance irréelle transparente, diaphane mais également pourvue d’une multitude de contrastes.

L’ Orchestre Philharmonique de Monaco particulièrement virtuose sous la baguette de Kazuki Yamada traduit avec un remarquable bonheur cette prodigieuse inventivité musicale. Quant à Jean-Louis Grinda, il démontre magistralement comment il sait passer avec maestria d’un univers de vaudeville sensuel à celui onirique d’un conte de fées.

On retrouve dans cet ouvrage les principaux interprètes de L’Heure Espagnole avec une Gaëlle Arquez décidément marquante, et un Cyrille Dubois toujours aussi virtuose dans l’interprétation scénique comme dans le chant.

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©OMC – Marco Borrelli

On a apprécié les excellentes interventions vocales de Axelle Saint-Cirel dans la mère, et la jolie voix de soprano colorature de Florie Valiquette et également Florian Sempey dans les rôles respectifs de l’horloge Comtoise et du chat.

Tout le reste de la distribution ne mérite que des éloges tout comme le Chœur de l’Opéra de Monte-Carlo et le Chœur d’enfants de l’Académie de musique Rainier III


Christian Jarniat

25 mars 2025

Direction musicale :Kazuki Yamada
Mise en scène :Jean-Louis Grinda
Décors et Costumes :Rudy Sabounghi
Lumières :Laurent Castaingt
Chorégraphie :Eugénie Andrin
Chef de chœur :Stefano Visconti
Vidéos :Jérôme Noguera, Micha Vanony
Assistante à la mise en scène :Vanessa d’Ayral de Sérignac
Chef de chant :David Zobel
Assistant à la direction musical :David Molard Soriano
Assistante aux lumières :Eleonora Rodigari

Distribution :

L’enfant :Gaëlle Arquez
Sa Mère :Axelle Saint-Cirel
La Bergère, La Chouette :Julie Nemer
La Tasse Chinoise, La Libellule, Un Pâtre :Floriane Hasler
Le Feu, La Princesse, Le Rossignol : Florie Valiquette
L’horloge Comtoise, Le Chat :Florian Sempey
La Chauve-Souris, Une Pastourelle :Jennifer Courcier
La Chatte, L’écureuil :Cécile Madelin
Le Fauteuil, L’arbre :Matthieu Lécroart
La Théière, Le Petit Vieillard Arithmétique, La Rainette :Cyrille Dubois

Chœur de l’Opéra de Monte-Carlo
Orchestre Philharmonique de Monte-Carlo
Chœur d’enfants de l’Académie de musique Rainier III

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