Odéon de Marseille : La Grande Duchesse de Gerolstein

Odéon de Marseille : La Grande Duchesse de Gerolstein

samedi 23 mai 2026

©Camille Rovera

L’Opéra de Marseille propose également depuis de nombreuses années, une saison d’opérettes, et on ne peut que s’en féliciter, tant ce genre semble aujourd’hui méprisé dans la majorité des théâtres lyriques. 

Ce n’est pas dans la vaste salle de l’Opéra que les représentations ont lieu, mais au Théâtre de l’Odéon, situé en haut de la Canetière. Fait assez rare désormais en France, pour être remarqué : l’opéra de Marseille est – grâce à cette salle – un des rares en France donc à proposer aujourd’hui une véritable saison d’opérettes avec environ 6 titres par an, et même certaines partitions assez rares. Ancienne salle de spectacle des années 30, qui accueillit en son temps Maurice Chevalier, Joséphine Baker, Edith Piaf ou encore Charles Trenet, elle fut réaménagée entièrement en 1996, pour le théâtre de boulevard et l’opérette.
Le lieu possède de grands espaces de déambulation et une vaste salle de quelques 800 places agrémentée d’une vraie fosse d’orchestre. 

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©Camille Rovera

Les spectacles lyriques dits plus « légers » y sont présentés avec beaucoup de fraîcheur et de spontanéité. Ici on vient pour passer simplement un (très) agréable moment. L’acoustique y est plutôt bonne pour l’orchestre, mais un peu trop sonorisée pour les voix; mais cela permet de ne perdre aucune miette des savoureux dialogues.

Pour cet Offenbach, la salle est pleine avec un public très populaire (et haut en couleur ); très intergénérationnel, on y croise aussi bien beaucoup de jeunes amoureux de musique ou simplement curieux, des enfants, autant que des personnes très âgées. Tout ce petit monde se réunit pour apprécier la musique d’Offenbach et le livret, non dénué d’une ironie grinçante, dû aux compères habituels d’Offenbach, Meilhac et Halevy.

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©Camille Rovera

La Grande Duchesse de Gerolstein est un des meilleurs opéras-bouffes, dans la longue liste des ouvrages d’Offenbach. Composée en 1866 et créée durant l’Exposition Universelle de Paris, au Théâtre des Variétés en 1867, sur un livret des deux compères habituels de Jacques Offenbach, Henri Meilhac, et Ludovic Halévy, la partition compte un nombre d’airs devenus célèbres (« Voici le sabre de mon père »… « Dites-lui qu’on l’a remarqué… » etc…), et de duos et de trios remarquables par leur humour, ou leur délicatesse.

Pendant que le Tout-Paris s’amusait de ce nouveau petit chef d’œuvre plein d’humour et d’airs entraînants, l’Opéra de Paris créait parallèlement le superbe Don Carlos de Verdi. Et comment ne pas penser également que La Grande Duchesse de Gerlostein peut, par ailleurs, sembler prémonitoire de la guerre avec la Prusse, qui éclatera trois ans plus tard. D’ailleurs, hélas, Offenbach en fera les frais, alors regardé, soupçonné de sympathie avec l’ennemi. C’est triste mais hélas encore courant d’amalgamer politique et culture. 

D’immenses interprètes ont voulu inscrire ce rôle écrit pour l’égérie d’Offenbach, la fameuse Hortense Schneider. Régine Crespin en fut une remarquable incarnation dans les années 70-80, et comment ne pas avoir une pensée émue en ce jour de représentation de ce petit chef d’œuvre pour une des plus Grande Duchesse de Gerolstein qui fut : Felicity Lott, inoubliable dans ce rôle, et partie cette semaine pour les Étoiles.

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©Camille Rovera

Pour les représentations qui nous intéressent ici, l’Opéra de Marseille – Odéon a fait le choix de la version « traditionnelle », c’est à dire sans l’ajout du génial final de l’acte II intitulé le « Carillon de ma grand-mère ». On peut le regretter, même si tel quel, l’opéra-bouffe approche déjà les trois heures de spectacle.

C’est à Laurence Janot que revient d’interpréter ici le rôle titre du chef d’œuvre d’Offenbach.
Habituée de l’Opéra de Marseille où elle intervient dans La Traviata, Simon Boccanegra, Don Quichotte, Rigoletto, elle fut aussi tout récemment Mère Jeanne dans le Dialogues des Carmélites…) et sur la scène de l’Odéon où elle chante beaucoup (La Vie Parisienne)  et où elle interpréta en Mars 2026 une belle Hello Dolly !; elle possède tout l’aplomb et le chic nécessaire pour l’esprit déjanté de cette Grande Duchesse qui « aime les militaires » .

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©Camille Rovera

Laurence Janot est une très belle Grande Duchesse, avec de beaux graves et d’éclatants aigus. Son air « Dites-lui » chanté pianissimo, est un véritable modèle de beau chant; elle y est très applaudie. Les autres airs, plus brillants, la trouvent tout à son affaire avec humour et aplomb.
Laurence Janot habite la scène, distillant avec grand charme et un chic vocal évident le fameux « J’aime les militaires » ou encore l’air de la lettre « Dites-lui …», si bien murmuré, ou à contrario une chanson militaire complètement loufoque chantée avec tout le panache nécessaire !

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©Camille Rovera

C’est toujours bien agréable de retrouver un autre grand habitué de l’Opéra de Marseille en la personne de Florian Laconi que l’on ne présente plus !
Nous avions assisté voici quelques années, à sa prise de rôle dans le Barbe Bleue (Offenbach aussi ), justement à l’Opéra de Marseille dans la fameuse mise en scène de Laurent Pelly, venue de l’Opéra de Lyon, tout comme il nous a laissé un magnifique souvenir en Jean – Hérodiade de Massenet – (Marseille toujours). Le retrouver ici dans le rôle du soldat Fritz est un vrai plaisir !
Doté d’un vrai sens de la scène, il s’amuse beaucoup dans l’incarnation du bellâtre soldat un peu bêta. 

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©Camille Rovera

Excellent trio des conspirateurs avec un Général Boum incarné par un sonore Olivier Grand, inénarrable. Le Prince Paul d’Eric Vignau réussit le tour de force d’allier un chant élégant avec son rôle pourtant un peu ridicule. Son « Voilà ce que l’on dit de moi …» est très bien chanté. Dominique Desmons campe un impeccable Baron Puck.
Antoine Bonelli excellent comédien, est un Nepomuc impayable avec sa touffe de cheveux et son crâne chauve surmonté d’une mèche en point d’interrogation.
Wanda la fiancée, c’est le joli timbre de la soprano Julie Knecht.

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©Camille Rovera

Très séduisant Baron Grog du jeune Jean Goutier (comme le veut le livret), et ici très bien mis en valeur par la mise en scène. Fort joli quatuor vocal des Dames de la Cour, au début du second acte, composé d Emilie Bernou, Eléna Le Fur, Miriam Rocade, et Pascale Bonnet-Dupeyron, qui nous délivrent un très joli ensemble polyphonique.

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©Camille Rovera

À la tête d’une phalange des musiciens de l’Opéra de Marseille, Florent Mayet, chef d’orchestre que l’on retrouve entre autre à l’Orchestre de Chambre de Genève, ou encore à l’Orchestre de l’Opéra de Saint-Étienne, également chef de chœurs de l’Opéra de Marseille, dirige de main de maître la partition d’Offenbach avec toute la verve et la légèreté nécessaire – ce qui n’exclut pas de souligner tel ou tel détail instrumental dont le compositeur aime à orner ses chefs d’œuvres (excellent trompette solo notamment ).

Reprise de la production de 2024, la mise en scène est très soignée et pleine d’idées; elle évolue dans un fort joli décor (Loran Martinel), qui n’est pas sans rappeler La Fille du Régiment que Laurent Pelly imagina pour l’opéra de Donizetti, avec sa carte géographique posée de guingois en fond de scène.
Cette mise en scène a été confiée à Yves Coudray, directeur du Festival Offenbach d’Etretat durant une dizaine d’année.
L’artiste sait évidemment son Offenbach par cœur, et en connaît tous les ressorts. Il est capable d’offrir ici une lecture désopilante de la Grand Duchesse, dans de charmants décors.

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©Camille Rovera

La mise en scène s’amuse aussi avec le public, passant parmi nous en défilant sur le fameux « voici le sabre ! »… Et fait aussi plusieurs fois interférer les artistes pour des sorties ou des entrées des chanteurs au milieu du public.

Au deuxième acte un décor astucieux avec en toile de fond un plan représentant les pièces du château. Celles-ci s’éclairant en fonction des idées des conspirateurs est une belle trouvaille.
Autre bonne idée très drôle de cette mise en scène : le trône à roulettes en forme de petit château fort et son baldaquin amovible.

Les somptueux costumes choisis dans les riches ateliers de l’Opéra de Marseille agrémentent avec bonheur cette bien agréable production.

En résumé, les productions d’opérettes du Théâtre de l’Odéon marseillais, sont une partie incontournable de la saison lyrique de l’Opéra de Marseille, s’y rendre est bénéfique pour l’esprit comme pour l’âme, et, ne serait-ce que pour le partage avec un public rafraîchissant, cela devrait être remboursé par la sécurité sociale !


Marc Jenoc
23 mai 2026

Direction musicale : Florent MAYET
Mise en scène : Yves COUDRAY

La Grande Duchesse : Laurence JANOT
Wanda : Julia KNECHT
Fritz : Florian LACONI
Général Boum : Olivier GRAND
Prince Paul : Éric VIGNAU
Baron Puck : Dominique DESMONS
Baron Grog : Jean GOLTIER
Nepomuc : Antoine BONELLI

Orchestre et Chœur de l’Opéra de Marseille

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