Die Meistersinger von Nürnberg font partie des « Premieren » de la saison 2025 – 2026 de l’Opéra de Stuttgart, c’est-à-dire qu’il s’agit d’une nouvelle production, la première ayant eu lieu le 7 février dernier, avant la troisième du jour.

La mise en scène d’Elisabeth Stöppler relève d’un Regietheater qu’on pourrait qualifier de relativement sage. Un tourne-disque posé à terre est en mouvement sur le côté droit, tandis que Sachs, pendant l’Ouverture, est assis à sa table dans un environnement tout blanc et écrit les mots « Fanget an ! », projetés à l’arrière. Puis c’est au tour d’Eva d’écrire « So rief der Lenz in den Wald », les premiers mots du poème que chantera plus tard Walther, celui-ci prenant le feuillet des mains de son aimée.
Le rideau se lève ensuite sur la foule rassemblée dans l’église à gauche, mais la place est rapidement occupée par une grande structure en bois, avec une chambre à l’étage où s’enlacent Magdalene et David. Ce squelette de maison est flanqué d’un large escalier sur le côté, puis au deuxième acte, les vides de l’ossature en bois sont remplis par des briques, figurant alors une maison avec fenêtre au niveau supérieur où se tient Magdalene quand Beckmesser chante sa sérénade. Le III démarre à nouveau dans l’espace d’avant-scène d’un blanc immaculé, l’ensemble des protagonistes gisant au sol, avant que le lever du rideau ne découvre une large tribune installée sur l’escalier, un Walther aux allures de dictateur y faisant un discours avant de s’envoler dans une cage ailée.

Certains symboles nous échappent, comme ce faux bébé dans un landau, qu’on vient prendre dans ses bras, en fait une couverture qui était pliée… comme on s’en aperçoit au troisième acte, peu avant que Sachs ne prononce les mots « Ein Kind ward hier geboren » en direction du landau. Des enfants portent régulièrement des masques d’oiseaux… peut-être un clin d’œil aux personnages Kunz Vogelgesang ou Konrad Nachtigal ? La fin du poème Todesfuge (Fugue de la mort) de Paul Celan, à propos de l’extermination des Juifs dans les camps, est par ailleurs lue par une voix-off, en préambule du troisième acte. Les mots répétés « Schwarze Milch der Frühe wir trinken dich nachts / wir trinken dich mittags der Tod ist ein Meister aus Deutschland » (« Lait noir du petit jour nous te buvons la nuit / nous te buvons midi la mort est un maître d’Allemagne ») déclenchent de très rares réactions, deux spectateurs apparemment bien énervés ! Dommage, car ces écrits, au-delà de la prouesse d’écriture dans la répétition, peuvent donner à réfléchir, en particulier vis-à-vis de la teinte nettement nationaliste du livret du compositeur, au troisième acte justement.
L’oreille est à la fête, dès les premières mesures du Prélude, ceci dans une fabuleuse acoustique qui nous donne l’impression d’être assis par moments à l’intérieur de la fosse d’orchestre ! Actuel Generalmusikdirektor de l’Opéra de Stuttgart, Cornelius Meister mène à bon port ses forces musicales, qui possèdent Wagner dans leur ADN. Le son de la phalange est plein, sur un très beau tapis de cordes, les cuivres intervenant avec un mélange de conviction et sérénité. Les chœurs aussi, en grand nombre, se produisent à un niveau d’excellence.

La distribution vocale est plutôt homogène et de haut niveau. Ceci à commencer par le Sachs de Martin Gantner, au grain de voix très humain plutôt que noble, et qui projette avec force et autorité. Il sait aussi faire ressortir les fêlures du personnage, par exemple dans son monologue « Wahn ! Wahn ! Überall Wahn ! » au troisième acte et particulièrement sur les mesures de Tristan und Isolde, lorsqu’il indique qu’il n’est pas le Roi Marke, la metteuse en scène choisit quand même de nous montrer un baiser à pleine bouche avec Eva.
David Steffens développe un timbre séduisant et une grande ampleur en Pogner, en difficulté cependant dans l’extrême aigu. Mais le Beckmesser de Björn Bürger est celui qui marque encore plus parmi les voix graves, très beau timbre, riche et puissant, d’égale qualité sur toute l’étendue.
A noter aussi les courtes mais marquantes interventions de Goran Jurić en veilleur de nuit, voix de couleur sépulcrale, ainsi que la présence de Franz Hawlata dans un emploi très secondaire aujourd’hui, après avoir tenus les premiers rôles il y a plusieurs années.

Puis on retrouve avec une grande surprise Moritz Kallenberg, entendu la veille au soir dans Atalanta au Festival Händel de Karlsruhe. Il remplace le ténor prévu pour David, effectuant à cette occasion ses débuts dans le rôle. Et la voix correspond bien à cet emploi, se montrant vaillant dans l’émission, endurant jusqu’à la fin de la représentation et modulant parfois ses interventions pour passer très intelligemment en voix de tête pour les notes les plus aiguës. Daniel Behle possède le format vocal de Walther, un peu plus large que son confrère avec un bas médium très bien exprimé, les deux ténors restituant le texte avec une agréable clarté.

Les deux titulaires féminines tiennent leur rôle avec robustesse, la soprano Esther Dierkes en tête en Eva, particulièrement sonore dans son registre aigu et qui parvient à passer par-dessus un orchestre régulièrement généreux en décibels. La Magdalene de la mezzo Maria Theresa Ullrich est elle aussi bien chantante, dans un timbre agréable.

Gros succès mérité au rideau final, les protagonistes venant au passage remercier tour à tour le souffleur ou la souffleuse dans son trou en avant-scène… et une poignée de main très chaleureuse de la part de Moritz Kallenberg !
Irma FOLETTI
1er mars 2026
Die Meistersinger von Nürnberg, opéra de Richard Wagner
Staatsoper Stuttgart
Direction musicale : Cornelius Meister
Mise en scène : Elisabeth Stöppler
Décors : Valentin Köhler
Costumes : Gesine Völlm
Lumières : Elana Siberski
Chef des chœurs : Manuel Pujol
Dramaturgie : Ingo Gerlach
Hans Sachs : Martin Gantner
Veit Pogner : David Steffens
Kunz Vogelgesang : Torsten Hofmann
Konrad Nachtigal : Shigeo Ishino
Sixtus Beckmesser : Björn Bürger
Fritz Kothner : Paweł Konik
Balthasar Zorn : Heinz Göhrig
Ulrich Eisslinger : Dominic Große
Augustin Moser : Sam Harris
Hermann Ortel : Stephan Bootz
Hans Schwarz : Franz Hawlata
Hans Foltz : Torben Jürgens
Walther von Stolzing : Daniel Behle
David : Moritz Kallenberg
Eva : Esther Dierkes
Magdalene : Maria Theresa Ullrich
Nachtwächter : Goran Jurić
Staatsorchester Stuttgart
Staatsopernchor Stuttgart
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