On a entendu, dimanche, une œuvre jouée pour la première fois à Monaco. Une œuvre d’Escaich, de Dusapin, de Mantovani ? Non : le Concerto pour piano de Poulenc ! Oui, ce concerto n’avait encore jamais été entendu à Monaco. C’est à peine croyable. Cette œuvre est de celles qui sourient d’emblée : vive, mutine, délicatement épicée d’esprit parisien, avec ses élans soudains et ses clins d’œil malicieux. La pianiste japonaise Momo Kodama la joua avec une élégance attentive, sérieuse, comme si elle cajolait un objet précieux.
Autre surprise de la soirée : la Sixième Symphonie de Schubert n’avait pas été entendue à Monaco depuis… soixante-sept ans. Sous la direction du pianiste devenu chef Christian Zacharias, le Philharmonique de Monte-Carlo lui donna une allure radieuse. Il y avait ce frémissement tendre que réclame la musique de Schubert mais aussi une ampleur accrue, une respiration large, une grandeur expressive qui faisaient oublier que l’on nomme souvent cette œuvre la « petite symphonie ». Le troisième mouvement, scherzo, fut particulièrement brillant.
Dans Pelléas et Mélisande de Fauré, musique de brume et de clarté mêlées, l’oreille fut surtout sensible à suivre les musiciens de l’orchestre dans leurs interventions solistes. Impossible de tous les citer. On fut par exemple sensible à la manière dont la flûtiste Anne Maugue et la harpiste Sophia Steckeler dialoguèrent dans la célèbre Sicilienne, offrant leur phrasé délicat au halo tendre de la musique fauréenne.
Un autre moment émouvant : celui où la pianiste invita le chef d’orchestre à son clavier pour jouer à quatre mains Ma mère l’Oye de Ravel – deux artistes penchés sur le même piano, partageant la même page et le même sourire. La musique est une belle affaire de partage.
André PEYREGNE
8 mars 2026
