Monaco : Un dimanche de compositeurs russes.

Monaco : Un dimanche de compositeurs russes.

dimanche 11 octobre 2026

©Stephane Danna_Direction de la communication

Le public monégasque avait encore dans l’oreille les splendeurs de la Cinquième de Bruckner dirigée par Marek Janowski la semaine précédente.

Mais voilà, il fallait bien redescendre sur terre. Ce dimanche, le Philharmonique de Monte-Carlo était dirigé par un jeune chef géorgien, Kakhi Solomnishvili. Cinquante années séparent les deux chefs : Janowski quatre-vingt-sept ans, Solomnishvili trente-sept ans. Entre les deux, un demi-siècle d’expérience, de maturité, d’accomplissement humain et artistique !

Au programme figuraient Feu d’artifice de Stravinsky, le Troisième Concerto de Rachmaninov et la Cinquième Symphonie de Prokofiev. Un dimanche de compositeurs russes. Le chef géorgien n’obtint pas de l’orchestre la même précision et la même cohésion que son illustre aîné la semaine précédente. Solomnishvili dirige les deux bras parallèles, avec des gestes de même amplitude dans les nuances piano et forte, s’aidant de mouvements de buste pour marquer les temps forts. Tout cela, ce sont des attitudes de « jeune chef ». Cela s’affinera certainement par la suite.

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©Stephane Danna_Direction de la communication

La Cinquième de Prokofiev fit pourtant son effet. Composée pendant la Seconde Guerre mondiale, elle porte en elle quelque chose de l’homme aux prises avec l’Histoire, de la douleur qui se cabre et de la force qui refuse de plier. Elle avance, heurte, gronde, se plaint avant d’exploser, à la fin, en une apothéose tonitruante. Le public, emporté par ce final, ne ménagea pas ses bravos. On remarqua dans ce final les brillantes interventions de la clarinettiste Véronique Audard, de la flûtiste Anne Maugue et du hautboïste Matthieu Petitjean qui stimulaient à elles seules l’orchestre entier.

Dans le concerto de Rachmaninov on admira la performance technique du pianiste cubain Jorge Luís Prats. Avec une assurance olympienne, il fit jaillir les cascades d’accords et d’arpèges qui font de ce concerto l’un des plus difficiles du répertoire pianistique. Au-delà de la performance pianistique qui mit la salle debout, on aurait toutefois aimé plus de souplesse dans le phrasé, plus de frisson romantique dans l’expression. Il répondit à l’enthousiasme du public par trois brillants bis issus du répertoire cubain, qu’il assortit de regards malicieux adressés à la salle.

Des harmonies cubaines au milieu d’un concert russe, cela tenait à la fois de la musique et de la géopolitique !

André PEYREGNE
11 octobre 2026

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