Les Concerts de la Voûte à Monaco : Une musique de chambre à soi

Les Concerts de la Voûte à Monaco : Une musique de chambre à soi

samedi 21 mars 2026

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« Écrivez ce que vous désirez écrire, c’est tout ce qui importe, et nul ne peut prévoir si cela importera pendant des siècles ou pendant des jours » martelait Virginia Woolf dans son essai Une Chambre à soi (Un lieu à soi dans la traduction de Marie Darrieussecq) en prenant appui sur les écrits de Jane Austen, Charlotte, Emily et Anne Brontë ou encore George Eliott.

Comme en écho, l’altiste Yona Zekri et la pianiste Katherine Nikitine se sont attelées à la tâche pour nous interpréter des œuvres de compositrices heureusement passées à la postérité dans un concert de grande qualité à l’église réformée de Monaco dans le cadre des concerts de la Voûte.

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©Pedro Neto

Des œuvres créées et interprétées par des femmes

Pour ceux qui l’ignoreraient encore, les Concerts de la Voûte proposent, dans leur deuxième saison, une série de rencontres musicales à l’église réformée de Monaco sous la direction artistique de David Lefèvre, Premier violon solo supersoliste à l’Orchestre Philharmonique de Monte-Carlo et de Katherine Nikitine, pianiste concertiste et professeure au conservatoire et à la Haute école de musique de Genève. Le concept est simple : chaque concert, sans entracte explore une thématique particulière (un instrument, un thème transversal, un portrait) avec présentation des œuvres par les artistes eux-mêmes que le public peut retrouver dans un après-concert autour du verre de l’amitié.

Le concert intitulé Le Printemps des Compositrices – l’alto au féminin du 21 mars 2026 rend donc un vibrant hommage à quelques femmes compositrices : Fanny Mendelssohn-Hensel, Clara Schumann, Nadia Boulanger, et Rebecca Clarke. Chaque œuvre interprétée est précédée d’un avant-propos, lu par les artistes-interprètes, que ce soit un extrait de la lettre de Clara Schumann à sa fille Marie, du journal reconstitué de Nadia Boulanger ou encore de l’impression d’un membre du jury à la création de la Sonate de Rebecca Clark en 1919.

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©DR

Des œuvres pour alto et piano

Des œuvres proposées ce soir, seule la sonate de Rebecca Clarke a été créée dès l’origine pour l’alto. Les autres œuvres présentées sont des transcriptions pour l’alto et le piano à partir du violon (L’Adagio de Fanny Mendelssohn ou les Trois Romances opus 22 de Clara Schumann) ou du violoncelle (Trois pièces de Nadia Boulanger). Défi supplémentaire, à la faible représentation des œuvres composées par les femmes dans les programmes des lieux de diffusion s’ajoute la difficulté de proposer des œuvres pour alto, sans doute le plus mal aimé des instruments.

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©Mitch Huang

Pour répondre à cette double gageure, il fallait des artistes investies. L’altiste Yoma Zekri est non seulement connue pour ses collaborations avec des artistes issus de culture et d’univers différents (West-Eastern Divan Orchestra, Quatuor Naïs, Ensemble Metis) mais également pour son engagement dans la diffusion des œuvres de femmes compositrices, quelle que soit leur époque. Sa collaboration avec la pianiste Katherine Nikitine qui partage cet amour des projets construits et interprétés ensemble et la promotion des œuvres hélas encore méconnues, allait donc de soi.

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©Mitch Huang

Une interprétation exceptionnelle

Dans leur approche, Yoma Zekri et Katharine Nikitine ont prouvé à l’instar de Virginia Woolf que « Les femmes vont peut-être se mettre à faire usage de l’écriture comme d’un art et non plus comme d’un moyen pour s’exprimer elles-mêmes. ». Les deux interprètes ont fait preuve d’une grande virtuosité alternant des pièces mélancoliques et poétiques, suivies de la redoutable sonate de Rebecca Clarke donnant lieu à un déluge de notes des plus impressionnant prouvant que l’écriture comme l’interprétation étaient tout… sauf une question de genre. Qu’elles soient compositrices ou interprètes, elles ont toutes rempli, chacune à son niveau, l’une des missions les plus salutaires d’un artiste qui est de réenchanter le monde… et, en ce moment, il en a grand besoin.

La dernière invitée, et elles auraient pu être nombreuses, fut Alma Mahler. Elle symbolise en effet ce que les deux interprètes recherchent : une compositrice, femme libre, ayant vécu à la croisée des arts avec un musicien (Gustav Mahler), un architecte (Walter Gropius), un plasticien (Oskar Kokoschka) et un écrivain (Franz Werfel). Et c’est par une transposition à l’alto du lied Die stille Stadt que le concert s’est achevé.

Théodore Charles
21 mars 2026

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