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Le Voyage de Gulliver / Théâtre de Nice au Théâtre Lino Ventura

Le Voyage de Gulliver / Théâtre de Nice au Théâtre Lino Ventura

vendredi 25 février 2022
Voyage de Gulliver (Le Palais) ©Fabrice Robin

Concomitamment aux Lettres de mon moulin représentées au Forum Nice Nord, le Théâtre National de Nice nous plonge dans un univers bien différent de celui de Daudet avec Le Voyage de Gulliver au Théâtre Lino Ventura. Valérie Lesort a adapté le roman de Jonathan Swift (paru en 1726) en se concentrant sur un seul des voyages en l’occurrence celui à Lilliput car la saga du romancier irlandais est immense et constitue un véritable « cycle tétralogique » avec celui à Brobdingnag (chez les géants) puis ceux à Laputa, à Luggnagg (chez les immortels), à Glubbdubdrib (chez les sorciers) et enfin au pays des Houyhnhnms (chevaux intelligents). Valérie Lesort et Christian Hecq se sont illustrés depuis 2015 avec des productions fascinantes comme 20.000 lieues sous les mers de Jules Verne au Théâtre du Vieux Colombier (Comédie-Française), La Mouche au Théâtre des Bouffes du Nord mais aussi avec des grands classiques comme Le Bourgeois gentilhomme à la Comédie Française ou encore des œuvres lyriques à l’Opéra Comique : Le Domino noir, Le Cabinet horrifique, Ercole amante, Petite balade aux enfers

Dans Le Voyage de Gulliver, à l’exception du rôle de Gulliver interprété par Renan Carteaux tous les autres artistes n’apparaissent qu’avec des visages extrêmement maquillés, des perruques surmontées de coiffes, bonnets, couronnes et autres couvre-chefs. En revanche, le reste du corps de leurs personnages est constitué par un système de marionnettes qu’ils manipulent avec une maestria époustouflante : un véritable exploit à la fois artistique et technique et qui demande autant d’habileté que d’endurance. Les costumes chamarrés et sophistiqués (Vanessa Sannino) sont absolument superbes et la pièce prend avec l’habile scénographie d’Audrey Vuong et les lumières de Pascal Laajili un aspect véritablement onirique et magique. Dans le roman de Swift, les lilliputiens sont minuscules; ici ils sont un peu plus grands ce qui est absolument nécessaire pour être perçus depuis la salle mais ils donnent vraiment l’impression de nains de toute petite taille. Outre Gulliver, sept comédiens incarnent de multiples rôles dans les royaumes de Lilliput mais également dans celui de Blefuscu. 

Comme on le sait, Gulliver est d’abord fait prisonnier car sa taille surprend et effraie les habitants qui finissent par le libérer afin qu’il les aide dans le conflit qui les oppose avec leurs voisins dans le pays de Blefuscu sur la manière de consommer les œufs à la coque (pour les uns par le petit bout pour les autres par le gros). Bien qu’il ait négocié les modalités d’une conciliation entre les belligérants, grâce à la recette des œufs au plat, Gulliver tombe néanmoins en disgrâce et se voit condamné à mort par l’empereur. Après une bataille navale, il parvient à trouver une chaloupe pour regagner l’Angleterre. Mais sur la dernière image du spectacle, deux énormes mains viennent nous indiquer que son périple est loin d’être terminé car les vents contraires l’ont poussé au pays des Géants.

Dans cet univers fantasmagorique (qui rappelle parfois celui d’Alice au pays des merveilles de Lewis Carroll) avec oiseaux et animaux étranges, arbres aux feuilles en plumes de revue, palais décorés comme une pâtisserie, tout est précisément réglé pour faire un fabuleux spectacle qui fascine et émerveille à chaque seconde certes les enfants par l’aspect somptueux de son livre d’images, mais aussi les adultes par sa poésie comme par son humour décapant. Ce voyage est aussi une comédie musicale avec de trépidantes chansons (musique Mich Ochoviak et Dominique Bataille) et un grand numéro de cabaret assorti d’un hilarant strip tease exécuté par l’impératrice Cachaça.

Et comment par ces temps troublés ne pas retrouver dans ce conte philosophique sarcastique un troublant pamphlet contre l’absolutisme, l’intransigeance, l’inanité des guerres, l’incompréhension entre les peuples ?… Une soirée où sont au rendez vous : fantaisie, burlesque, inventivité et bonheur mais qui incite aussi à la réflexion.

Christian JARNIAT
Le 25 févier 2022

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