Le Prix au Anthea Antipolis – Théâtre Antibes

Le Prix au Anthea Antipolis – Théâtre Antibes

mercredi 4 février 2026

©Bernard Richebe

Nous entrons dans Le Prix comme on pénètre un lieu de mémoire. Un salon feutré d’un grand hôtel de Stockholm. Un divan bourgeois. Un homme seul. Le temps est suspendu. Dans quelques heures, Otto Hahn recevra le prix Nobel de chimie. Il attend. Il somnole.

À l’instant où l’Histoire s’apprête à vous couronner, on souhaite toujours être un peu seul. Puis elle surgit. Comme un fantôme. Comme une conscience : Lise Meitner.

Le Prix s’appuie sur une rencontre imaginaire mais historiquement fondée : celle qui aurait pu avoir lieu en 1946 entre deux scientifiques ayant travaillé ensemble plus de trente ans en Allemagne, aux origines de la fission nucléaire. Assis sur son divan, Otto Hahn est soudain confronté à celle qui revient lui dire ses vérités. Face à lui, Lise incarne l’exil, le sacrifice, la lucidité. Sa parole est tranchante. Le mot « prix » claque comme un fouet, comme une pierre jetée au visage.

Tout est là.

Lorsque Hitler proclame l’Anschluss en 1938, Lise Meitner, femme et juive, devient une cible. Elle doit fuir Berlin, abandonner son laboratoire, son travail, sa vie. Otto Hahn l’encourage à partir. Était-ce pour la sauver… ou pour se sauver lui-même ?
Huit ans plus tard, ils se retrouvent à Stockholm. Lui s’apprête à recevoir le Nobel.

Elle, pourtant décisive dans la découverte, est absente de toute reconnaissance officielle.

Lise Meitner ne vient pas réclamer une médaille. Elle vient réclamer une reconnaissance. 

« Je veux que tu me reconnaisses comme ton égal. »

Le Prix ©Bernard Richebe scaled
©Bernard-Richebe

Sur ce thème — trop longtemps rabattu et pourtant toujours brûlant — de la femme de science écartée des honneurs, Le Prix compose une variation subtile, intelligente et profondément humaine sur la parité, la mémoire et la responsabilité. La question n’est pas seulement celle d’une injustice individuelle, mais celle d’un effacement collectif.

Dans la pièce de Cyril Gely, mise en scène avec une précision d’orfèvre par Tristan Petitgirard, Ludmila Mikaël donne chair, voix et feu à cette grande figure longtemps reléguée aux marges de l’histoire scientifique. Face à elle, Pierre Arditi campe un Otto Hahn tout en tensions retenues : une conscience vacillante, un homme partagé entre fidélité, lâcheté et aveuglement. Ensemble, ils font de ce huis clos un véritable duel de mots, de silences et de regards.

Pascal Terrien
4 février 2026

Avec : Pierre Arditi, Ludmila Mikaël, Clara Borras et Emmanuel Laury

Texte : Cyril Gely
Mise en scène :  Tristan Petitgirard
Assistante mise en scène : Léa Moussy
Décor : Juliette Azzopardi et Jean-Benoit Thibaud
Costumes : Virginie H
Lumières : Denis Schlepp
Musique : Romain Trouillet
Vidéo : Mathias Delfau

Atelier Théâtre Actuel présente une coproduction Théâtre Hébertot, Atelier Actuel, Louis d’Or Production, MACAL Prod, MK PROD’ et Sésam’Prod

 

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