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La Vestale de spontini / Disques – Palazzetto Bru Zane

La Vestale de spontini / Disques – Palazzetto Bru Zane

jeudi 4 mai 2023
©Bru Zane

La Vestale (Gaspare Spontini) Le label « Palazzetto Bru Zane » vient de faire paraître La Vestale de Gaspare Spontini (1774-1851). On connaît la richesse de la collection « Opéra français » dans laquelle figure l’enregistrement. Voisinent des ouvrages connus repris dans des versions complètes et réévaluées, mais aussi des œuvres exhumées ou trop rapidement sorties des répertoires. Les corpus de Saint-Saëns, Gounod, Massenet sont complétés, mais on peut aussi découvrir des titres de Benjamin Godard, Victorien Joncières ou Félicien David. La musique légère occupe une place non négligeable. Si les enregistrements s’appuient le plus souvent sur des représentations ou des concerts, le studio vient systématiquement au secours de ce que le spectacle vivant, bien sûr irremplaçable, ne peut pas toujours perfectionner.   La Vestale en est un nouvel exemple. Donnée en juin 2022 en version concert à Paris au TCE, elle a dans le même temps bénéficié d’une captation studio de 4 jours à la Seine Musicale. La Vestale est assez rarement montée, mais elle passe pour une œuvre phare à sa création en 1807 à l’Académie Impériale de Musique où pourtant Spontini, même soutenu par Joséphine de Beauharnais, doit batailler pour se faire représenter. N’est-il pas d’origine italienne et son librettiste, Étienne de Jouy, néophyte en opéra ? Encensée ultérieurement par Hector Berlioz, La Vestale est un succès avec plus de 200 représentations à l’Opéra jusqu’en 1835. La première interprète de Julia, Alexandrine Caroline Branchu, n’y est pas étrangère. L’ouvrage disparaîtra ensuite. Dans les années 1920 c’est la cantatrice Rosa Ponselle qui le fait sortir de l’oubli. Les versions italiennes alternent alors avec les versions françaises. À l’époque contemporaine ce sont des chanteuses pourvues de réelles personnalités scéniques et médiatiques qui reprendront le rôle titre : Maria Callas d’abord, en 1954 dans une mise en scène de Luchino Visconti à la Scala de Milan, puis Régine Crespin ou Montserrat Caballé, avant Ermonela Jaho de nos jours. La radio s’était intéressée également à l’ouvrage de Spontini avec en Julia Renée Mazella en1964. Notons que l’Opéra de Paris affiche La Vestale la saison prochaine. Liée par un serment fait à son père sur son lit de mort de se vouer au culte de Vesta, Julia est empêchée de répondre librement aux sentiments que lui porte Lucinius. Ce dernier, général dans l’armée romaine, rentre d’une longue campagne victorieuse en Gaule. Il ne peut rencontrer que fugitivement sa bien-aimée pendant la cérémonie du triomphe qui lui est consacrée. Il décide de l’exfiltrer du temple où la jeune vestale doit attiser le feu sacré. Prise en faute de ne s’être pas astreinte à ce rite, elle est condamnée à mort. Elle fait en sorte que la même peine soit épargnée à son amant, mais ce dernier jure de la sauver. Sur le champ d’exécration au 3e acte, Julia se prépare à mourir tandis que des troupes se tiennent prêtes à intervenir pour la délivrer, mais les dieux suite à un orage rallument le feu sacré et innocentent la vestale. Des chants d’allégresse accompagnent ce dénouement heureux.  Le sujet est assez conventionnel et simple (qui rappelle celui de Norma) ; aucune seconde intrigue, notamment amoureuse, n’interfère avec les sentiments partagés par Julia et Lucinius. La structure dramaturgique en revanche nous renseigne sur l’évolution de la tragédie lyrique prise en compte par Spontini. On peut remarquer la modernité des personnages qui s’affranchissent des règles religieuses (on a pu voir dans La Vestale une œuvre anticléricale) et mettent la fuite au centre de leur projet. Le spectateur, même séduit par la décoration, peut faire abstraction du cadre romain et lire l’ouvrage à la lumière de son époque. Certains passages rappellent les fêtes et les opéras de l’époque révolutionnaire dont on est à peine sorti. Rome plus que la Grèce renvoie à l’actualité. On sait d’autre part que l’ouvrage était très contextualisé, le triomphe de Licinius servant à célébrer le retour de l’Empereur victorieux à la suite de la campagne en Pologne. Cette actualité, cette transparence du décor, cette immanence sont soulignées par des moyens musicaux appropriés. L’emphase orchestrale et les chœurs sont particulièrement impressionnants ; pour seul exemple celui très complexe à l’acte III qui précède la descente au tombeau de Julia « Périsse la vestale impie ». La conception des récitatifs qu’on distingue peu des ariosos permettent de recentrer l’action sur la continuité de la musique et de reconsidérer les formes convenues. Le long numéro qui met en scène Licinius et Cinna, son ami, en ouverture de l’opéra s’inscrit dans cette rhétorique nouvelle et débouche sur le très beau duo qui pourrait presque anticiper sur celui de Nadir et Zurga dans Les Pêcheurs de perles. La place de surcroît donnée au visuel permet de comprendre pourquoi ont essaimé quelques productions historiques, celle de Visconti jouant des attitudes sculpturales de Callas. Brillante distribution Julia doit à Marina Rebeka, qui triomphe sur toutes grandes scènes internationales, une réelle présence permettant de saisir la progression et la complexité du personnage loin de tout monolithisme. L’effroi à l’acte I, l’hésitation entre le devoir et le sentiment, la fièvre amoureuse, le sacrifice à l’approche de la mort sont traduits par des contrastes, des couleurs, des attaques proportionnées sans cesser de s’inscrire dans une ligne mélodique et un timbre clair qui constamment séduisent. On en veut pour exemples le long numéro tripartite au début de l’acte II où Julia progressivement se « lâche » avec des accents intenses et véloces pour aborder la péroraison « Impitoyables dieux » ; ou encore la prière de l’acte III « Ô des infortunés déesse tutélaire » qui exprime une sorte de dévouement sublime. Les autres interprètes sont tout aussi convaincants. L’ample voix d’Aude Extrémo est celle qui convient à la Grande Vestale, les graves cuivrés se mettant au service aussi bien des moments maternant Julia que des imprécations sans appel. La voix large et le timbre plein de Stanislas de Barbeyrac rappelle l’aisance du ténor familier de Mozart et tire parti dans l’enregistrement d’un style raffiné qu’il adapte aux deux facettes de son personnage, soldat et amoureux. Tassis Christoyannis donne à Cinna (rétabli pour un baryton) la tessiture contrastant avec celle de son partenaire ; ses deux airs, notamment « Compte sur mon courage », sont empreints de la juste émotion. On connaît la projection vocale de Nicolas Courjal, Souverain Pontife exemplaire à la fois puissant et habité par la flamme. Le « Flemish Radio Choir » est parfait. L’ouvrage est joué sur instruments historiques par les « Talens Lyriques » dirigés par Christophe Rousset dont dont on apprécie l’investissement, la fougue, l’art de la nuance aussi, intégrés à un sens du théâtre qui pallie ici à propos le statisme du concert. Le livre qui accompagne les 2 CD, concocté par l’équipe éditoriale du Palazzetto, est toujours aussi stimulant. Un enregistrement qui fera date à se procurer ! Didier Roumilhac Gaspare Spontini, La Vestale, « Opéra Français », label Bru Zane, 2 CD livre, autour de 29 €

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