Le 25 octobre n’est pas une date choisie au hasard. C’est celle de la naissance de deux compositeurs qui ont fait vibrer des générations de spectateurs : Georges Bizet et Johann Strauss fils. Une double célébration devenue, depuis 2019, la Journée mondiale de l’opéra. Dimanche, de Montpellier à Singapour, de Paris à Bucarest, les maisons d’opéra et les artistes se mobiliseront pour rappeler que l’art lyrique appartient à tous.
Deux anniversaires pour une journée mondiale
Georges Bizet naît à Paris le 25 octobre 1838. Il n’a que 36 ans lorsqu’il disparaît, quelques mois après la création de Carmen à l’Opéra-Comique, le 3 mars 1875. Accueilli avec réserve, parfois même avec hostilité, son dernier opéra allait pourtant devenir l’un des ouvrages les plus joués au monde.
Le même jour, treize ans plus tôt, le 25 octobre 1825, naissait à Vienne Johann Strauss fils, celui que l’on surnommera le « roi de la valse ». Compositeur du Beau Danube bleu, il laisse également à la postérité La Chauve-Souris, créée en 1874, véritable joyau de l’opérette viennoise.
Deux univers, deux tempéraments, mais une même capacité à séduire les publics bien au-delà des frontières.
C’est précisément pour honorer ces deux anniversaires que le 25 octobre a été retenu comme date de la Journée mondiale de l’opéra.
Lancée en 2019 à l’initiative d’Opera Europa, d’OPERA America et d’Ópera Latinoamérica, cette manifestation internationale est née d’une réflexion commune engagée lors du premier World Opera Forum, organisé à Madrid en 2018.
« Opera Connects » : l’opéra crée des liens
Pour 2026, le thème choisi, Opera Connects, met à l’honneur la dimension internationale d’un art qui, depuis plus de quatre siècles, fait voyager les œuvres, les artistes et les émotions.
Les coproductions franchissent les frontières, les chanteurs passent d’une scène à l’autre, les orchestres et les équipes artistiques réunissent des talents venus du monde entier.
Mais cette journée poursuit également un autre objectif : rappeler aux responsables politiques et aux institutions la valeur culturelle, sociale et économique de l’opéra.
Opera Europa encourage ainsi les théâtres à ouvrir leurs coulisses, proposer des répétitions publiques, organiser des rencontres avec les artistes, accueillir des scolaires ou diffuser gratuitement des spectacles.
Autant de façons de montrer que l’opéra est un patrimoine vivant, et non un art réservé à quelques privilégiés.
Montpellier et Paris : la France au rendez-vous
À Montpellier, l’Opéra Comédie célèbre l’événement avec deux concerts intitulés Passion opéra, les samedi 24 octobre à 19 heures et dimanche 25 octobre à 17 heures.
La soprano Audrey Maignan, accompagnée par l’Orchestre national Montpellier Occitanie sous la direction de Victor Jacob, entraînera le public dans un voyage à travers quelques grandes pages du répertoire.
Au programme, Mozart, Gounod, Massenet, Puccini, Offenbach, mais aussi Louise Bertin et son Fausto.
Et, joli clin d’œil à cette Journée mondiale, nos deux compositeurs seront naturellement présents : Bizet avec la première suite de Carmen, Johann Strauss fils avec la célèbre csárdás de La Chauve-Souris.
À Paris, l’opéra se découvre en marchant ! Deux promenades musicales sont proposées dimanche 25 octobre, à 11 heures et 14 h 30, au départ de la Comédie-Française, place Colette.
Organisées par Paris Musically, elles permettront de parcourir trois siècles d’histoire lyrique, du Palais-Royal au quartier de l’Opéra. Anecdotes, rivalités, grandes créations et extraits musicaux accompagneront cette découverte d’un Paris dont l’histoire reste indissociable de celle de l’art lyrique.
En Espagne, l’opéra sort des théâtres
À Málaga, le Teatro Cervantes donne rendez-vous au public dimanche à 17 h 30, sur la place Jerónimo Cuervo, pour un récital gratuit en plein air.
La soprano Mela Pastor Hurtado, le ténor José A. Sáenz et le baryton-basse Cristóbal Prieto Ortiz, accompagnés au piano par María del Carmen Pérez, interpréteront des extraits de Mozart, Donizetti, Puccini et Verdi.
Une trentaine de minutes de musique offertes aux passants, avec l’espoir de susciter quelques vocations de spectateurs !
À Madrid, le Centre culturel Eduardo Úrculo a choisi de présenter gratuitement Bastien et Bastienne, l’un des premiers ouvrages de Mozart, composé alors qu’il n’avait que douze ans.
À Séville, place à la relève avec la finale du XXIIe concours Nuevas Voces Ciudad de Sevilla, organisée au Teatro de la Maestranza. Près d’une centaine de jeunes chanteurs issus de 23 pays ont participé aux sélections. Une belle illustration de cette circulation internationale des talents que souhaite promouvoir Opera Connects.
Bucarest célèbre Bizet avec Carmen
L’Opéra national de Bucarest a choisi de rendre un hommage particulièrement approprié à Georges Bizet.
Dimanche 25 octobre, des visites guidées gratuites seront organisées à 13 heures et 14 heures, permettant au public de découvrir les espaces de la grande maison lyrique roumaine.
Le soir, à 18 h 30, place à Carmen, dans la mise en scène d’Ada Lupu Hausvater, sous la direction musicale de Ciprian Teodorașcu.
Le public a manifestement répondu présent : tous les billets sont vendus.
L’établissement profite également de cette journée pour annoncer de nouvelles initiatives destinées à rapprocher les spectateurs de l’histoire et de l’actualité de l’opéra.
De Crémone à Budapest, l’Europe célèbre l’art lyrique
À Crémone, le Teatro Amilcare Ponchielli propose Cremona Lirica, un rendez-vous consacré au patrimoine musical italien.
Après une présentation à 17 heures, la soprano Federica Zanello et le Coro Lirico Ponchielli-Vertova, dirigé par Loris Braga, interpréteront à 18 heures des pages de Ponchielli, Cilea et Verdi.
À Budapest, l’Opéra national hongrois a prévu une programmation particulièrement riche, avec notamment Háry János de Kodály à 11 heures et Tosca de Puccini à 19 heures.
La soirée se prolongera sur les écrans avec la diffusion de Lohengrin de Wagner, à 21 h 30 sur la chaîne hongroise M5, dans la mise en scène d’András Almási-Tóth, sous la direction de Martin Rajna.
À Singapour, trois générations chantent ensemble
À l’autre bout du monde, le Singapore Lyric Opera a choisi de mettre l’accent sur la transmission.
Dimanche à 18 heures, heure locale, les chœurs d’enfants, de jeunes et d’adultes se retrouveront dans le hall de la Bibliothèque nationale pour un concert consacré aux grandes pages chorales du répertoire.
Trois générations réunies par la musique : difficile d’imaginer plus belle illustration du thème Opera Connects.
Une Aida africaine pour tous les écrans
Pour ceux qui ne pourront se rendre au théâtre, OperaVision proposera gratuitement, dimanche 25 octobre à 19 heures, la diffusion d’une Aida de Verdi enregistrée au Cape Town Opera en mai 2025.
Cette production, interprétée par une distribution entièrement africaine, est dirigée par Kamal Khan et mise en scène par Magdalene Minnaar.
La scénographie afrofuturiste, les projections vidéo, les animations et les chorégraphies de Gregory Maqoma offrent une lecture singulière du chef-d’œuvre verdien.
Une œuvre italienne, interprétée en Afrique du Sud et diffusée dans le monde entier : là encore, l’opéra démontre sa formidable capacité à franchir les frontières.
Une fête qui dépasse les frontières
Ce panorama, nécessairement non exhaustif, ne représente qu’une partie des initiatives organisées à travers le monde. D’autres maisons d’opéra, associations, conservatoires et artistes célèbrent certainement cette journée, parfois à travers des manifestations plus discrètes, mais tout aussi précieuses.
Car l’essentiel n’est pas seulement de remplir les théâtres. C’est aussi de faire naître la curiosité, de transmettre une passion et de donner à chacun l’envie de découvrir cet art où la voix humaine devient le plus universel des instruments.
Cent cinquante et un ans après la disparition de Bizet, et deux cent un ans après la naissance de Johann Strauss fils, leurs musiques continuent de rassembler les générations.
Et c’est peut-être cela, finalement, le plus beau message de cette Journée mondiale de l’opéra : les frontières passent, les modes changent, mais l’émotion demeure.
