Internationale Händel Festspiele de Karlsruhe : Atalanta

Internationale Händel Festspiele de Karlsruhe : Atalanta

samedi 28 mars 2026

©Grünschloss

Il ne fallait pas traîner à l’issue du Tamerlano donné dans l’après-midi au Badisches Staatstheater, pour prendre rapidement le tramway en direction de la station « Mühlburger Tor », le Händel Festspiele de Karlsruhe proposant Atalanta dans la Christuskirche, l’église voisine.

On y retrouve les admirables musiciens de l’orchestre des Deutsche Händel-Solisten entendus la veille dans Rinaldo. La formation est composée essentiellement des pupitres de cordes, cinq instruments à vent complétant – hautbois, trompette, cors – avec l’apport supplémentaires de percussions, uniquement pour le numéro final en forme de happy end. Après moult déguisements (Atalanta paraît sous les traits de la chasseresse Amarilli et Meleagro en berger Tirsi) et vrais-faux jeux de séduction pour tester les sentiments des êtres aimés, les couples sont en effet réunis à la conclusion de l’opéra : Atalanta et Meleagro d’une part et Irene et Aminta de l’autre.

Malgré l’acoustique difficile de l’église, on apprécie la direction quasiment amoureuse de Lars Ulrik Mortensen, qui semble s’investir corps et âme dans la musique de Händel. Le chef danois prend également à sa charge le clavecin, intervenant souvent en compagnie de ses collègues au continuo, pour les récitatifs mais aussi certains airs. L’ouvrage n’est cependant pas donné en intégralité, on relève plusieurs coupures par rapport au livret, dans les récitatifs et aussi quelques airs, en particulier au troisième acte. Un entracte est curieusement inséré en plein deuxième acte, tandis que les instrumentistes prennent leurs propres pauses pour s’accorder, y compris au cours du troisième et dernier acte. Le rendu est en tout cas magnifique, une musique dynamique et pleine de nuances variées. Les choristes « maison » du Kammerchor der Christuskirche mettent beaucoup d’attention et de sérieux dans leurs rares interventions, dans un italien toutefois pas facilement compréhensible.

La distribution vocale réunie pour ce concert est absolument formidable, sans doute la meilleure des spectacles auxquels nous avons assisté.

Atalanta 4 Grunschloss
©Grünschloss

Nous avions découvert Caterina Sala à l’automne 2021 au festival Donizetti de Bergame, elle y chantait alors Adina de L’Elisir d’amore. A l’entendre ce soir, la voix s’est depuis très largement développée, enflant plusieurs aigus qui impressionnent, tirant certainement à l’occasion Händel du côté de Verdi ou Puccini. Elle a conservé sa souplesse vocale pour les passages d’agilité et sait mettre aussi de la délicatesse pour l’émission de doux récitatifs.

Atalanta 3 Grunschloss
©Grünschloss

Mais c’est la découverte du sopraniste Dennis Orellana dans le rôle de Meleagro qui restera dans nos mémoires. Et difficile de trouver le moindre défaut chez cet interprète natif du Honduras : musicalité impeccable, ligne vocale angélique avec quelques notes d’une extrême douceur, réserves de puissance et une virtuosité à toute épreuve pour les passages les plus fleuris… la star des sopranistes Bruno de Sá n’a qu’à bien se tenir, car voici un sérieux concurrent ! Certaines sonorités d’Orellana sont d’ailleurs tellement féminines qu’il est difficile de distinguer entre Atalanta et Meleagro, au cours de leurs duos les plus doux.

Atalanta 2 Grunschloss
©Grünschloss

Les tessitures sont plus contrastées au sein du couple Irene – Aminta, soit contralto pour la première et ténor pour celui-ci. Le timbre de Noa Beinart est chaud et profond, fine musicienne lorsqu’elle dialogue avec le premier violon pendant son air charmant « Come alla tortorella langue ». Dans le rôle du vrai berger Aminta, Moritz Kallenberg possède quant à lui une voix ferme, au registre grave confortable et qui sait projeter un son concentré dans la partie supérieure du registre. L’affiche est complétée par Oğulcan Yılmaz qui cumule les deux emplois de Nicandro et Mercurio, baryton-basse aux accents bien affirmés et au timbre d’une certaine noblesse.

Un très beau concert au bilan, malgré un son pas toujours idéalement défini en raison de l’acoustique du lieu… et une journée bien remplie !

Irma FOLETTI
28 février 2026

Atalanta, opéra de Georg Friedrich Händel

Christuskirche am Mühlburger Tor, Karlsruhe  

Direction musicale : Lars Ulrik Mortensen

Atalanta : Caterina Sala
Meleagro : Dennis Orellana
Irene : Noa Beinart
Aminta : Moritz Kallenberg
Nicandro / Mercurio : Oğulcan Yılmaz

Deutsche Händel-Solisten
Kammerchor der Christuskirche

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