Comédie musicale à succès depuis sa création à Seattle (2007), jouée un peu partout dans le monde depuis lors, cette énorme farce signée Mel Brooks (et Thomas Meehan pour la co-écriture du livret) revient pour la troisième fois à Metz – devant des salles combles et enthousiastes.
Il n’y avait qu’un pas de l’écran à la scène. En effet, le film éponyme (tourné en noir et blanc par Mel Brooks) rendait hommage aux productions des années 30 qui mettaient en scène “le monstre” dans une ambiance aux limites de l’absurde – univers bien familier à l’auteur.
Gene Wilder, star des films précédents du réalisateur (dont Les Producteurs) s’enthousiasme pour le scénario qui lui est proposé.
Le pitch s’avère d’une originalité folle : et si l’on annonçait au petit-fils de Frankenstein qu’il hérite de la propriété (située dans les Carpates) de son illustre ascendant ?
C’est sous forme de comédie musicale (exercice déjà pratiqué en 2001 avec Les Producteurs) que le projet voit le jour en 2006.
Au total ce sont plus de cinq cents représentations successives qui seront données à Broadway, suivies d’une tournée dans tout le pays.
Trois nominations aux Oscars couronnent définitivement cette hilarante et spectaculaire pochade musicale.
En octobre 2011, Stéphane Laporte (expert des adaptations en français de titres tels Hairspray, Le Roi Lion, ou bien encore Mamma Mia !) livre pour le Théâtre Déjazet un premier opus mis en scène par Ned Grujic. On y retrouve déjà Vincent Heden et Valérie Zaccomer au casting.
Production modeste, format comédie musicale de poche, elle remporte cependant un excellent accueil de la part des critiques et du public. Paul-Émile Fourny (actuel Directeur de L’Opéra-Théâtre de Metz) remonte dès la saison 2021-2022 l’ouvrage – en lui conférant l’envergure d’un grand spectacle et en reprenant la mise en scène et la chorégraphie de Susan Stroman.
Notre avis :
La musique du spectacle définitivement Jazzy nous embarque dès l’ouverture dans un univers digne de Broadway ou du West end !
Le chef Aurélien Azan Zielinski dirige l’Ensemble Orchestral Halloween avec fougue. Un astucieux dispositif scénique permet aux artistes (chanteurs-comédiens-danseurs) de se mouvoir aisément et permet une fluidité parfaite entre les scènes.
L’usage intelligent de la vidéo (reposant sur un magnifique noir et blanc, comme dans les films des années 30 de James Whale) nous plonge immédiatement dans l’ambiance ad hoc.
Les décors d’Emmanuelle Favre impressionnent, les costumes de Dominique Louis nous charment – tout autant que les lumières de Nolwenn Annic qui restituent de véritables gravures néo-gothiques.
Le rythme ne faiblit jamais, les changements à vue spectaculaires – dignes des opérettes à grand spectacle d’antan – nous bluffent littéralement !
Vincent Heden délaisse quelques jours pour ce Young Frankenstein ses Belles de Scène, afin d’endosser un rôle qu’il connaît bien (pour l’avoir interprété à Déjazet, voilà plus de 10 ans). Artiste complet au palmarès impressionnant, il passe aisément de Tintin à Judas (Jésus-Christ Superstar) sans oublier ses participations à de nombreuses comédies musicales dont Panique à Bord, Salut les Copains, Pajama Game ou bien encore Titanic, Un violon sur le toit…
Son indéniable charisme le place parmi les incontournables spécialistes de la Comédie musicale en France. De même l’irrésistible Grégory Juppin (Igor), dont les emplois de fantaisiste enchantent les scènes depuis de nombreuses saisons, passe allègrement de Lopez à Scotto ou à Yvain – nous faisant presque oublier le Marty Feldman du film éponyme.
Leur évidente complicité de jeu fait plaisir à voir !
La jolie et talentueuse Lisa Lanteri, révélation du spectacle, nous offre des numéros de danse et de comédie qui promettent de beaux rôles à venir. Nous la retrouverons ainsi prochainement dans celui d’Anita (West Side Story) à Grenoble.
Valérie Zaccomer (Frau Blücher) endosse de nouveau un emploi qu’elle a souvent joué ; l’étendue indéniable de sa palette de jeu s’avère ici parfaitement démontrée.
Des artistes lyriques de haut-vol s’invitent également dans la distribution : Léonie Renaud, soprano, incarne la délurée et peu farouche Elizabeth. Le monstre (Jean-Fernand Setti) baryton-basse, abandonne – entre autres – son habit de lumière d’Escamillo pour la séduire.
Un duo plutôt cocasse, il va sans dire, mais qui fonctionne à merveille dans le rire et la luxure.
Laurent Montel, Philippe Ermelier et Clément Malczuk complètent une impeccable distribution, sans oublier la chorégraphie ciselée de Graham Erhardt-Kotowich et l’excellence du chœur et du ballet de l’Opéra-Théâtre.
Nous attendrons patiemment la fin des travaux à venir, destinés à embellir encore ce lieu historique, afin d’y vivre de nouvelles aventures théâtrales et musicales !
Philippe Pocidalo
30 Mars 2025
Direction musicale : Aurélien Azan Zielinski
Mise en scène : Paul-Émile Fourny
Chorégraphie : Graham Erhardt-Kotowich
Décors : Emmanuelle Favre
Costumes : Dominique Louis
Nouvelle création lumières : Elliott Ganga
Chef de chant : Miles Clery-Fox
Dr. Frederick Frankenstein : Vincent Heden
Le Monstre : Jean-Fernand Setti
Igor : Grégory Juppin
Inga : Lisa Lanteri
Elizabeth Benning : Léonie Renaud
Frau Blücher : Valérie Zaccomer
Inspecteur Hans Kemp / Dr. Victor von Frankenstein : Laurent Montel
L’Ermite : Philippe Ermelier
Chœur de l’Opéra-Théâtre de l’Eurométropole de Metz
Ballet de l’Opéra-Théâtre de l’Eurométropole de Metz
Avec Ensemble Orchestral