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FESTSPIELHAUS BADEN-BADEN “Concert du Nouvel An” avec Jonas Kaufmann et Luca Salsi

FESTSPIELHAUS BADEN-BADEN “Concert du Nouvel An” avec Jonas Kaufmann et Luca Salsi

samedi 10 janvier 2026

©Michael Gregonowits

Le Festspielhaus Baden-Baden ouvre la nouvelle année 2026 avec une magnifique soirée, riche en émotions. Le ténor allemand Jonas Kaufmann, grand habitué de la maison était à l’honneur, accompagné du baryton exceptionnel Luca Salsi et de la Deutsche Radio Philharmonie Saarbruecken Kaiserslautern, sous la baguette du chef Jochen Rieder.

Si l’on ne présente plus Jonas Kaufmann, Luca Salsi n’est pas un inconnu non plus. Né à Parme en 1975, il étudie au Conservatoire Arrigo Boito et fait ses débuts à Bologne. Sa voix est particulièrement adaptée au répertoire verdien et il fait l’ouverture du Festival Verdi à Parma depuis plusieurs années. Son Simon Boccanegra de 2023 était particulièrement apprécié.

La première partie de ce concert festif est entièrement consacrée à la Forza del destino de Giuseppe Verdi. L’orchestre de la Deutsche Radio Philharmonie était au grand complet. Grand ne veut pas dire bruyant, car l’ouverture était bruyante, trop bruyante… Peut-être était-ce dû à la disposition de l’Orchestre : cordes en bas, les vents plus haut et les timbales et cuivres au troisième niveau. Les cuivres auraient dû s’entraîner davantage, car les erreurs et les « couacs » étaient nombreux dans cette ouverture qui avait tendance à résonner de façon pompeuse. Surtout que Verdi accorde une grande place à l’Orchestre dans l’ensemble.

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MichaelGregonowits

Après cette ouverture quelque peu massacrée, les deux artistes interprètent les airs et les duos les plus connus de l’œuvre de Verdi. Dans les duos, on a surtout beaucoup apprécié la voix magnifique du baryton Luca Salsi (qui aime dire que Verdi était son premier employeur..). Il possède une vraie voix de baryton, profonde et résonnante, aux accents italiens et, lorsqu’il le faut, la puissance nécessaire. Son phasé est sûr, parfaitement adapté au texte de l’aria « Morir ! Tremenda cosa ». On aurait tellement préféré l’entendre en soliste, mais le programme était axé sur les duos. Et là, rien ne fonctionnait. Les timbres vocaux ne s’accordaient pas souvent et les deux chanteurs étaient désynchronisés avec l’orchestre. On avait l’impression que la main gauche du chef Jochen Rieder était également désynchronisée. L’air de Don Alvaro « La vita e inferno all’infelice » était superbement interprétée par Jonas Kaufmann, avec de belles notes pianissimo et un léger sanglot dans le phrasé. Une mention spéciale au clarinettiste qui l’a fort bien accompagné.

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©Michael Gregonowits

Après la pause, la seconde partie est consacrée au vérisme, et comme son nom l’indique, avec tout l’affect, l’expression des émotions. C’est donc, avec Andréa Chenier, opéra d’Umberto Giordano, qui retrace l’histoire vraie du poète révolutionnaire Andrea Chénier, né en 1762 à Galata que s’ouvre cette seconde partie. Fervent partisan de la Révolution, il devint, par la suite, face aux excès du régime jacobin, son farouche opposant et fut guillotiné le 25 juillet 1794, devenant ainsi l’une des dernières victimes de Robespierre. C’est Luca Salsi, dans le rôle de Gérard, autre figure de proue de la Révolution qui aborde avec puissance et gravité le premier air extrait du 1er acte « Compiacente a colloqui del cicisbeo ». Son monologue, « Nemico della patria » ( l’étreinte de la Patrie), est un air brillant que le baryton italien a chanté avec une grande beauté et une profonde émotion : les idéaux perdus de la jeunesse : liberté, égalité,fraternité. Jonas Kaufmann a interprété les deux airs « Un di all’azurro spazio » et surtout « Come un bel di maggio » du poète passionné (l’un des grands rôles qui ont marqué sa carrière) avec une grande conviction et avec toute sa vigueur vocale. Il a toujours le poing serré, soulignant très fortement ses réactions mélancoliques ou colériques. Il passe du grave à l’aigu dans la vigueur continue d’un souffle nourri, il sait monter en crescendi aussi bien que tenir des notes filées sur un souffle de velours. Si au début, une syllabe menace de déraper, une tenue de ne pas pleinement résister à l’aigu, ces périls ne restent que des menaces et sa voix sait conserver cet alliage de douceur de timbre et de luminosité variée. Que c’était beau !!! La dernière du programme revient aux origines, à Giuseppe Verdi et à son « Otello » (1887), une œuvre tardive. Cette fois, Verdi avait trouvé un librettiste digne de ce nom : Arrigo Boito (1842-1918), poète, compositeur et… wagnérien cultivé. Après le prélude bien interprété et une tempête bien orageuse, place au duo Otello et Iago « Tu?! Indietro! Fuggi ». Dans ce duo, les harmonies deviennent tranchantes comme des lames, les accords majeurs d’une solidité à toute épreuve et les deux chanteurs sont mis à rude épreuve, tout comme l’orchestre. Jonas Kaufmann s’attaque à Otello, l’un des rôles de ténor les plus exigeants. Luca Salsi, en traître, ne se contente pas de murmurer des mensonges à l’oreille d’Otello. Son jeu est superbe, sa voix est d’une virtuosité exceptionnelle.

Des tonnerres d’applaudissements de la part d’un public enthousiaste ont salué les deux artistes, très complices. Et naturellement, il a réclamé un « bis ». Le final fut un grand spectacle théâtral, avec un premier duo Marcello/Rodolfo, extrait de La Bohème de Puccini, suivi d’un second bis Non ti scordar di me de Giusy Ferreri (ne m’oublie pas)

Comment oublier une telle prestation ????

Marie-Thérèse Werling

10 janvier 2026

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