FESTIVAL DE PÂQUES DE BADEN-BADEN « WAR REQUIEM » de Benjamin Britten ou un Requiem non liturgique

FESTIVAL DE PÂQUES DE BADEN-BADEN « WAR REQUIEM » de Benjamin Britten ou un Requiem non liturgique

samedi 4 avril 2026

©Michael BODE

Benjamin Britten, en composant son œuvre, n’avait nullement l’intention de célébrer la victoire de l’armée britannique et de ses alliés. Son but était avant tout de dénoncer les atrocités commises pendant la guerre, de plaider pour la réconciliation et de proposer un vibrant plaidoyer pour la paix. Pour ce faire, il mêle à la structure habituelle du Requiem (Requiem aeternam, Dies Irae, Offertorium, Sanctus, Agnus Dei, Libera me) des textes profanes, écrits par le poète anglais Wilfred Owen.

Britten plaça en tête de sa partition cette citation du poète Owen.

« My subject is War, and the pity of War
The Poetry is in the pity …
All a poet can do today is warn ».

Mon sujet est la guerre, et la douleur de la guerre
La poésie réside dans la douleur…
Tout ce qu’un poète peut faire aujourd’hui, c’est avertir…

Pour cette quatrième soirée du Festival de Pâques de Baden-Baden, le Festspielhaus a programmé le War Requiem de Benjamin Britten, qui plus que jamais en ce moment est d’une actualité brûlante et terrible.

Joana Mallwitz a fait preuve d’une rare maîtrise en tant que cheffe d’orchestre, en dirigeant avec une grande assurance cet imposant dispositif sur scène : l’impressionnant Mahler Chamber Orchestra, le Tschechischer Philarmonischer Chor Brno, le Philharmonia Chor Wien et le Cantus Juvenum Karlsruhe.

Le Mahler Chamber Orchestra a joué avec une précision exemplaire et fidèle à l’authenticité de cette œuvre monumentale.

C’est précisément là que résidait la grandeur de cette interprétation. Mallwitz ne recherchait pas la dimension solennelle d’un requiem, mais l’obscurité que Britten avait insufflée à cette œuvre. Le son orchestral était d’une richesse et d’une profondeur captivantes, les registres graves n’étaient pas étouffés, les cuivres surgissaient avec une ardeur stridente, les percussions frappaient avec une précision implacable.

C’est précisément là dans les climax explosifs que l’on percevait à quel point cette partition n’illustre pas seulement la guerre, mais l’incarne également acoustiquement.

Sous la direction de Mallwitz et à travers cette musique bouleversante, on se rend compte de l’étendue des ravages qu’une guerre inflige non seulement physiquement mais intérieurement.

Le Chœur philharmonique tchèque de Brno, le Philharmonia Chor de Vienne et le Cantus Juvenum de Karlsruhe ont contribué avec harmonie et une technique impressionnante à cette gravité collective dans leur exécution. Car dans ce Requiem, le chœur est à la fois : messe, rituel, invocation et jugement. Tout a été travaillé avec soin, diction précise rendant ainsi cette œuvre d’une rare clarté.

Une mention spéciale est attribuée au Cantus Juvenum Karlsruhe qui a ajouté une note pure et presque idyllique.

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FESTIVAL DE PÂQUES DE BADEN-BADEN « WAR REQUIEM » de Benjamin Britten ou un Requiem non liturgique

Matthias Goerne a chanté avec une puissance expressive mettant en avant le dramatique, l’amertume et aussi le tourment intérieur. de façon radicale. Il était par moment brutal et même effrayant.

Bogdan Volkov a partagé la même intensité d’expression. Sa diction a été d’une grande précision et son sens du rythme d’une justesse exceptionnelle. Dès les premières notes, il était évident que cette voix traduisait une vérité en proie à la détresse. Volkov a chanté avec énergie, avec mordant rendant son timbre parfois dur et métallique, tout était dans la rébellion.

Irina Lungu, quant à elle, était le choix idéal pour cette interprétation. Sa voix possède cette ambivalence si particulière que cette œuvre exige de la soprano : d’abord une intensité perçante et, simultanément, une clarté rayonnante. Son soprano avait de la puissance sans devenir métallique, de la luminosité, notamment dans les aigus exposés.

Cette soirée s’est transformée en quelque chose de transcendant. A Baden-Baden, Joana Mallwitz à la tête de tous les ensembles (orchestre et chœurs) a sublimé cette œuvre de Britten par son interprétation magistrale, nous rappelant que la guerre reste brutale, l’histoire nous le répète sans cesse.

Je pense que ce soir, chaque auditeur a écouté le War Requiem de Britten non pas seulement comme une œuvre sur la guerre passée, mais comme une partition qui reflète le présent avec une précision troublante et cruelle.

Marie-Thérèse Werling
4 avril 2026

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