Après 13 ans de résidence à Baden-Baden pour le Festival de Pâques, l’Orchestre Philharmonique de Berlin est de retour à Salzbourg.Le Festspielhaus Baden-Baden a trouvé des successeurs de premier ordre : l’Orchestre royal du Concertgebouw et le Mahler Chamber Orchestra.
Pour leur première saison de Pâques en tant qu’orchestre en résidence, l’Orchestre Royal du Concertgebouw (RCO) d’Amsterdam, sous la baguette du chef finlandais Klaus Mäkelä considéré comme l’un des chefs d’orchestres les plus prometteurs de sa génération, a interprété trois programmes : la Passion selon saint Matthieu de Bach, la Huitième Symphonie de Bruckner et la Cinquième de Mahler avec en première partie, le Concerto pour violon en sol mineur de Max Bruch, interprété par le jeune et talentueux violoniste Daniel Lozakovich.
En première partie, le public très nombreux a savouré un superbe Concerto pour violon de Max Bruch, avec Daniel Lozakovich qui, pour la petite histoire, fêtait ses 25 ans le jour du concert.
L’excellence de ce jeune violoniste suédois était palpable dès la première note et son jeu était d’une rare spontanéité. Porté par le chef Klaus Mäkelä qui lui a laissé une grande liberté, Lozakovich a déployé les notes de ce Concerto avec une incroyable beauté sur le Stradivarius d’un son exceptionnel « ex-Sancy » de 1713 qui fut pendant plus de 60 ans le compagnon du légendaire Ivry Glitis.
Son interprétation du Concerto en sol mineur de Bruch était empreinte d’un jeu contemplatif, surtout dans l’Adagio qui constitue le cœur de l’œuvre. Dans ce passage, on ne peut s’empêcher de penser aux grands maîtres comme Kreisler ou Heifetz. Ce Concerto joué sans interruption était accompagné avec une grande sensibilité par Klaus Mäkelä et l’Orchestre Royal du Concertgebouw. En bis, Daniel Lozakovich a interprété une Variation à la Kreisler-Sarasates sur le thème bien connu en la mineur de Paganini, démontrant une fois de plus toute sa virtuosité. Des tonnerres d’applaudissements ont salué le soliste.

Après la pause, Klaus Mäkelä et l’Orchestre Royal du Concertgebouw ont interprété la 5e Symphonie de Gustav Mahler. Peu d’orchestres au monde peuvent s’enorgueillir d’une tradition mahlérienne aussi ancienne que celle du Concertgebouw. Il a été le premier ensemble à faire connaître les œuvres de Mahler en Europe et les interprète encore très souvent actuellement.
Dans cette 5e de Mahler, chaque mouvement nous relie à un souvenir, à un moment précis de la vie du compositeur et précisément le début du premier mouvement « Marche funèbre » avec une évocation de la musique juive qui est omniprésente dans ses œuvres. Une mention spéciale au trompettiste dont l’interprétation était parfaite, atteignant les notes avec une précision extraordinaire. Dans le second mouvement, le chef met en avant les sentiments du compositeur, pleins de contradictions d’impulsions très tourmentées. Le Scherzo est un triomphe de souvenirs heureux, de fêtes champêtres.
Dans le célèbre Adagietto, Klaus Mäkelä choisit volontairement de s’éloigner du sentimentalisme pour nous montrer la délicatesse du mouvement. La fin du mouvement est un chant d’espoir, un hommage au lieu de sa retraite estivale en Carinthie, où il composait sa musique loin des tumultes et des bruits de Vienne.
Le son de cet ensemble est véritablement exceptionnel, avec des cordes de velours, des bois énergiques et précis, des cuivres époustouflants qui ont particulièrement brillé dans cette 5e. Le cor principal a donné le meilleur de lui-même dans une œuvre qui exige beaucoup de cet instrument.
Ce qui m’a particulièrement marqué c’est l’excellente entente entre le chef et ses musiciens.
Une soirée magique !!!
Marie-Thérèse Werling
1er avril 2026
Programme : Max Bruch (1838-1920) – Concerto pour violon n° 1 en sol mineur, Gustav Mahler (1860-1911) – Symphonie n° 5
Daniel Lozakovich violoniste
Royal Concertgebouw Amsterdam – Klaus Mäkelä, chef d’orchestre

