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Eugène Onéguine à l’ OPERNHAUS ZURICH

Eugène Onéguine à l’ OPERNHAUS ZURICH

dimanche 19 février 2023
© Monika Rittershaus 

Eugène Onéguine, côté jardin, côté pelouse !!! La reprise d’Eugène Onéguine à Zurich a attiré de nombreux mélomanes, en raison principale de la présence du ténor Benjamin Bernheim, éblouissant Lenski. Co-produite avec la KomischeOper de Berlin, et présentée à Zurich, pour la première fois en 2017, la production de Barrie Kosky oublie les fastes des palais de Saint-Petersbourg pour situer l’action dans un jardin. De grands arbres où filtre une douce lumière, un tapis de fausse herbe, avec des bosses et des trous, ce qui rend impossible la danse du cotillon, une clairière, servent de décors pour illustrer l’insouciance d’Olga, tout de rose vêtue, et de Tatiana la rêveuse, tout en bleu ciel.  Tableau familial idyllique où les deux vieilles femmes remplissent des pots de confiture de framboises, cueillies par des jeunes filles, toutes vêtues de jolies robes « très françaises «, réalisées par Klaus Bruns. Quant à Tatiana, elle cherche l’inspiration pour sa lettre dans un petit livre, très présent tout le premier acte. Une autre originalité du metteur en scène, Tatiana ne remet pas sa lettre à Onéguine, mais la place dans un pot de confiture ??? Le duel Lenski/Oneguine se déroule également dans ce jardin, mais Lenski est tué dans les coulisses et Onéguine apparaît, avec deux grandes tâches rouges sur sa chemise, ce qui laisse supposer que Lenski est mort dans les bras de son ami… Dommage, les deux magnifiques scènes de bals chez les Larineà Saint-Pétersbourg sont totalement absentes du spectacle. En effet, le lever de rideau du 3e acte révèle un décor d’antichambre, de style néo-classique où se déroule la réception donnée par le Prince Gremine et son épouse, qui n’est autre que Tatiana. Après la « Polonaise » superbement interprétée par l’orchestre, les décors sont rapidement démontés par une équipe de techniciens et l’on retrouve le décor du 1er acte où Tatiana et Onéguine se sont rencontrés pour la première fois. Voilà pour ce qui de la mise en scène…. Quant au casting, il est à la hauteur de notre attente. La soprano d’origine ukrainienne Ekaterina Sannikova est une Tatiana ardente et passionnée, aux sentiments exacerbés. Sa voix est ronde et ample. Ses notes hautes ne sont jamais acides et son timbre est si agréable. Elle ne montre aucun signe de fatigue, même après l’air de la lettre si éprouvant, dont elle chante une grande partie « dos au public » (une lubie de la mise en scène). C’est la mezzo-soprano américaine Rachel Wilson qui incarne Olga, très lumineuse, enjouée, juvénile. Elle possède des moyens vocaux considérable, un timbre particulièrement chaud et corsé. Quant à Irène Friedli, elle campe une nourrice tendre et attentionnée. Ce soir, nous avons eu un Lenski de rêve avec le timbre lumineux et tellement léger de Benjamin Bernheim. Il est non seulement “aérien” dans son interprétation vocale, mais aussi physiquement, c’est un Lenski à la fois juvénile, grâcieux, très à l’aise dans ses mouvements….Le quatuor Tatiana-Olga-Lenski-Onéguine est très équilibré entre ces quatre voix solides, celle de Benjamin Bernheim dominant avec élégance. Sa déclaration d ‘amour à Olga “Ya lyublyu vas Olga” est un véritable délice, son phrasé est magnifique. Un moment de bonheur immense. Son air “KudaKuda” est sans aucun doute le plus beau moment de la soirée. Le baryton russe Igor Golovatenko dans le rôle-titre incarne un Eugène Onéguine, ne convainc pas tout à fait, tant physiquement que vocalement. Un peu pataud et cassant à la fois, il semble être en manque de séduction. Sa voix a quelque chose de rocailleux et métallique.  Par contre, dans le dernier acte, il aborde un personnage plus humain et dans son dernier air “Oujel ta samaïa Tatiana” , il se montre à son meilleur : lyrique, ardent laissant apparaître des qualités vocales, un timbre de velours qui lui faisaient défaut au début. Vitalij Kowaljow, basse ukrainienne, incarne un Prince Grémine, d’une grande noblesse et d’un immense raffinement, avec une belle diction, un phrasé impeccable, avec beaucoup de sincérité, sans jamais en faire de trop. Quelle prestation, remplie d’humanité et de beauté. Les chœurs en grand nombre et les musiciens du Philarmonia de Zurich sous la baguette très enthousiaste du chef Gianandrea Noseda ont offerrt une interprétation à la fois lyrique, romantique et passionnée de l’œuvre de Tchaïkovski. Barrie Kosky, quant à lui, a réussi le pari de faire que sa mise en scène, émouvante et sobre, soit au service de la musique du compositeur russe, où dominent les affects et les sentiments des personnages. Marie-Thérèse Werling

19 février 2023

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