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Cosi fan tutte au Théâtre Anthéa d’Antibes

Cosi fan tutte au Théâtre Anthéa d’Antibes

vendredi 31 janvier 2020
Anna Kasyan-Hélène Carpentier-Carine Séchaye / Photos Philip Ducap

Après quatre représentations à l’Opéra de Nice, c’était au tour du Théâtre Anthéa à Antibes d’accueillir l’œuvre de Mozart. Avec Cosi fan tutte se terminait la trilogie Da Ponte/Mozart commencée en 2018 avec Les Noces de Figaro et poursuivie en 2019 avec Don Giovanni, ces œuvres étant jouées dans le cadre d’une coproduction entre les deux villes azuréennes. Pour ce dernier opus Daniel Benoin a imaginé un tournage sur un plateau de télévision. Le procédé, qui n’est évidemment pas nouveau, permet de « distancier », concomitamment et sur la même scène, l’opéra proposé par rapport à son enregistrement vidéographique ou cinématographique. Pour prendre un exemple relativement récent, on peut évoquer l’Hamlet d’Ambroise Thomas à l’Opéra Comique mis en scène par Cyril Testé qui utilisait un processus identique. 

Pendant l’ouverture l’ensemble de l’équipe du tournage (nombreuse) entre, au fur et à mesure, sur le plateau (sur lequel figure le même décor – très construit et imposant – que celui des Nozze di Figaro signé Jean-Pierre Laporte) avec une véritable régie mobile, deux cameramen, un perchman, divers assistants, des scripts et plusieurs techniciens. Don Alfonso sera donc également le metteur en scène, et Despina l’assistante du réalisateur. L’idée est de combiner le tournage de certaines séquences de Cosi fan tutte, où les interprètes sont revêtus de leurs costumes traditionnels du XVIIIème siècle (dessinés par Nathalie Bérard-Benoin), tout en proposant au public un « double regard » destiné à lui permettre d’accéder à ce qui se passe sur le plateau ou en coulisses lorsque surviennent des pauses entre chaque scène filmée. Et, précisément pendant ces pauses, l’opéra se poursuit sans discontinuer et c’est vraisemblablement cette mise en abyme qui pose problème pour une partie du public qui n’y trouve plus sa « cohérence traditionnelle » puisque ce que l’on voit ne correspond pas nécessairement aux paroles que l’on entend ni à l’action précise de l’opéra sous sa forme traditionnelle.
On doit comprendre , pour ne citer qu’un seul exemple, que les chanteuses qui incarnent les personnages de Fiordiligi et Dorabella, lorsqu’elles « sortent » de leurs rôles et ne jouent plus, redevenant ainsi sur le plateau de simples femmes, néanmoins confrontées à leur métier d’actrices, puissent avoir des crises de nerfs en proie à leurs soucis, leurs fantasmes ainsi que les vicissitudes et tensions de leur vie professionnelle ou personnelle. On doit aussi pouvoir admettre qu’elles évacuent leur colère dans une crise d’hystérie ou leur angoisse dans une addiction alcoolique. Mais encore faut-il que le spectateur comprenne que nous sommes dans une séquence « off » et puisse raccrocher ce qui se dit ou ce qui se passe à pareille séquence de l’action de Cosi fan tutte. Pourquoi pas ?… Peut être un peu compliqué à suivre d’une manière univoque, voire irritant pour certains, mais pour autant séduisant pour d’autres… 

Ce qui l’est incontestablement, en revanche, ce sont les fort belles vidéos que l’on voit sur plusieurs écrans, soit de face, soit de profil, et qui permettent d’avoir ainsi une vision démultipliée des séquences de l’opéra lui-même (car les cameramen sur scène sont de véritables techniciens et filment les images en direct sous la coordination de Paulo Correia passé maître dans ce genre d’exercice. Et quel magnifique traitement de peintures classiques sur lesquels s’incrustent avec une précision millimétrée la vidéo ! ). Ceci nous permet, de surcroît, de constater que tous les interprètes sont d’excellents comédiens qui, même filmés en gros plan, expriment avec beaucoup de justesse et de véracité les divers sentiments qu’ils doivent faire passer. 

Ce qui caractérise également cette production est l’homogénéité d’une troupe qui paraît fort bien soudée et dont on devine la complicité et le plaisir de jouer. Anna Kasyan est une Fiordiligi très engagée, dotée d’une tessiture extrêmement étendue avec une grande aisance dans les vocalises, mais aussi pourvue de graves chauds et ronds que pourrait envier une mezzo-soprano et c’est ainsi qu’elle parvient à vaincre, avec un incontestable panache, le redoutable « Come scoglio »  hérissé d’écarts de registres vertigineux. Un peu plus en retrait – mais il est vrai que le rôle est moins « volcanique »- Carine Séchaye est néanmoins une convaincante Dorabella. La toute jeune Hélène Carpentier aborde avec aplomb, fraîcheur et adresse le rôle de Despina. Coté messieurs on a pu apprécier l’abattage scénique d’Alessandro Abis en Don Alfonso, l’allure et la ductilité vocale de Roberto Lorenzi 
(Gugliemo) ainsi que le joli timbre clair et les mezza voce aisées («Un’aura amorosa ») de Pierre Dehret (Ferrando). Mais si on doit attribuer une palme c’est bien à Roland Böer, à la direction de l’Orchestre Philharmonique de Nice, qu’il convient de la décerner car on lui doit beaucoup pour ce Cosi conduit avec autant de rigueur que de souplesse, d’élan et de musicalité et une parfaite science de l’équilibre fosse/plateau.

Christian Jarniat
31 janvier 2020

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