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Concert Wagner Ricarda Merbeth à l’opéra de Marseille

Concert Wagner Ricarda Merbeth à l’opéra de Marseille

dimanche 15 janvier 2017
Ricarda Merbeth

Matinée placée sous le signe des brumes romantiques et de compositeurs soit adulés soit maudits par le régime national-socialiste, en ce dimanche 15 janvier, à l’Opéra de Marseille.

Programmé par le directeur musical des lieux, le chef d’orchestre Lawrence Foster, qui devait également le diriger, ce concert très attendu a finalement été confié à la baguette du compositeur Bruno Mantovani, compte tenu de l’empêchement pour raisons médicales du maestro américain.

C’est donc sous les auspices de Franz Liszt, figure tutélaire de la musique romantique, que débute le programme, avec Orpheus, l’un de ses poèmes symphoniques les plus originaux du fait du rôle confié aux deux harpes et de son atmosphère contemplative. Le lien de cette œuvre et de l’autre opus de l’année 1854, les célèbres Préludes, avec la musique du gendre, Richard Wagner, a largement été commenté mais l’excellente idée de les programmer lors du même concert permet au public de mieux saisir ce que la production du maître de Bayreuth doit au maître de Weimar !

De fait, l’atmosphère éthérée et détachée des contingences terrestres que l’on trouve à la fois dans Orpheus et dans le « songe d’Elsa », extrait de Lohengrin, semble être allée chercher ses sources dans une même inspiration, d’ailleurs parfaitement rendue par une section des cordes du philharmonique de Marseille particulièrement inspirée. De même, toute la première partie de l’andante maestoso des Préludes nous plonge dans une élévation puissante dont on comprend qu’elle ne pouvait que ravir le compositeur de Tannhäuser !

Personnellement, nous n’avons pas été totalement convaincus par l’adéquation de Bruno Mantovani avec ce type de répertoire. Compositeur joué dans le monde entier (son concerto pour violon sera d’ailleurs donné à Marseille le 10 mars prochain), directeur du CNSMD de Paris, la battue du chef français ne nous a pas semblé totalement libérée dans la partie la plus romantique du programme. Si tout était effectivement en place, à la lettre, il manquait aux œuvres précitées ce petit supplément d’âme qui emporte totalement l’adhésion et crée le grand moment. Pourtant, les choses changent totalement dès le prélude de Tristan qui ouvre la deuxième partie. Le chef délivre là, en effet, une lecture d’une réelle profondeur et sait d’emblée imposer le caractère hypnotique et trouble qu’il faut donner à cette musique. Mais Tristan n’est déjà plus tout à fait de la musique romantique et c’est sans doute aussi pour cela que la direction de Mantovani nous a intéressés, en tirant déjà l’œuvre vers un XXème musical que l’œuvre ne cessera d’influencer.

Moment musical particulièrement attendu, la symphonie Mathis der Maler (Mathis le peintre) d’Hindemith est issue de l’opus lyrique du même nom crée a posteriori à Zurich, en 1938, du fait de l’interdiction de l’ouvrage par les nazis, mais a trouvé sa propre force en la forme de trois tableaux qui reprennent trois scènes de l’opéra (« Concert d’anges », « Mise au tombeau » et « Tentation de Saint Antoine ») empruntant leurs titres à un panneau du célèbre retable d’Issenheim de Mathias Grünewald.

Œuvre d’une grande force, cette symphonie, qui puise son écriture au berceau du chant grégorien mais aussi du chant populaire traditionnel, est de facture assez singulière, semblant ne jamais choisir entre tradition et modernité et pouvant ainsi rappeler à la fois les accents straussiens comme la poésie des grands espaces du nouveau monde , chers à Aaron Copland. C’est avec cette œuvre que la direction de Bruno Mantovani a atteint pour nous sa plus grande envergure et une réelle fluidité, donnant l’occasion à chaque section de l’orchestre, et à des pupitres particulièrement sollicités, tels que le hautbois ou la flûte, de s’exprimer avec bonheur.

Mais bon nombre de spectateurs étaient venus à Marseille- parfois de loin…- pour applaudir dans les parties wagnériennes chantées du programme la grande Ricarda Merbeth. Membre de l’Opéra d’Etat de Vienne dont elle est, depuis 2010, Kammersängerin, cette attachante artiste a été révélée en France lors des mandats de Nicolas Joël au théâtre du Capitole de Toulouse puis à l’Opéra National de Paris où ses interprétations de l’Impératrice (La Femme sans Ombre), de la Comtesse (les Noces de Figaro), d’Emilia Marty (L’Affaire Makropoulos) ou encore de Marietta (La Ville Morte) sont encore dans les oreilles…

A Marseille, ville à laquelle elle paraît s’être attachée, le public lui a déjà réservé de beaux succès à la fois dans le domaine lyrique (Chrysothémis d’Elektra puis Senta du Vaisseau Fantôme) et au concert (IXème symphonie de Beethoven). Est-il alors nécessaire d’écrire qu’à ce stade de sa carrière, la voix de Ricarda Merbeth n’a pu sonner que glorieuse et saine sur tout l’ambitus dans la ballade de Senta, l’air d’entrée d’Elisabeth, le rêve d’Elsa et une mort d’Isolde où l’émission du « Höchste Lust » (« Joie Suprême ») final, justement prononcé dans un sourire, est bien l’apanage des plus grandes !

Hervé Casini
15 janvier 2017

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