Monaco : le Philharmonique et les Temps modernes

Monaco : le Philharmonique et les Temps modernes

mercredi 4 novembre 2026

©AP

Sous les ors éblouissants, les lambris rutilants et les décorations somptueuses de la Salle Garnier, le Philharmonique de Monte-Carlo avait pris place dans la fosse d’orchestre.

Jusque-là, rien que de normal. Vu l’ampleur de l’orchestre, les derniers rangs des musiciens débordaient sur la scène. Rien d’extravagant là non plus.

Mais sur la scène, aucun chanteur, acteur, comédien ! À la place, un grand écran de cinéma. On allait assister à ce qu’on appelle un « ciné-concert » – un film accompagné en direct par un orchestre.

Cela fait plusieurs années que Monaco nous offre ce genre de spectacle. Cette année, le film était Les Temps modernes de Charlie Chaplin – ce chef-d’œuvre de clairvoyance politique, de fibre sociale, d’humour, de tendresse, qui nous fait rire et essuyer les larmes.

Comme chaque année, le spectacle était donné en partenariat avec l’Institut audiovisuel de Monaco. Comme toujours, son directeur, Vincent Vatrican ouvrit la séance par une présentation documentée, précise, instructive.

À la tête de l’orchestre se trouvait Frank Strobel, chef rompu à l’exercice du ciné-concert.

Deux bras au-dessus de l’orchestre, un œil sur les musiciens, l’autre sur l’écran. Une vigilance de funambule pour unir audio et vidéo.

Le Philharmonique de Monte-Carlo fut magnifique. Il ne s’agissait pas pour lui de couvrir les images, encore moins de leur voler la vedette. Il lui fallait être là sans s’imposer, accompagner sans alourdir, respirer avec les gestes de Charlot, épouser ses courses, ses chutes, ses inventions.

À la fin, les applaudissements s’adressèrent dans un même élan aux images et aux musiciens. Les artistes saluèrent. Et l’on était si profondément entré dans la vérité de ce spectacle qu’on n’aurait pas été étonné de voir Charlot descendre de l’écran, pieds écartés, rajustant sa ceinture, soulevant légèrement son chapeau, et venir serrer la main du chef Frank Strobel. Il aurait aussi donné l’accolade au premier violon David Lefèvre.

Et, tous deux, dans un grand élan de fraternité, auraient célébré ces temps où la technique permet d’unir le passé au présent – les… « temps modernes » !

André PEYREGNE

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