Auditorium Maurice Ravel Lyon–Cycle Concert découverte # 2 Un Mozart dans toute sa splendeur !

Auditorium Maurice Ravel Lyon–Cycle Concert découverte # 2 Un Mozart dans toute sa splendeur !

jeudi 22 octobre 2026

©Cassandra Golebiewski

Quel plaisir de retrouver Christian Zacharias sur la scène de l’Auditorium de Lyon, même si pour ce concert, il s’était momentanément éloigné de son piano, comme pour mieux accompagner ses musiciens. Un long partenariat unit Christian Zacharias à Lyon, et tout particulièrement à son Auditorium où, depuis ce lointain concert du 2 décembre 1984, il avait interprété le 4ème concerto pour piano de Beethoven avec le Radio-Sinfonie Orchester de Stuttgart dirigé par Sir Neville Marriner. Depuis il est revenu fréquemment dans ce temple musical, où réside depuis 1975 l’Orchestre National de Lyon. Il y a dirigé des programmes aussi riches que variés, que ce soit dans des partitions de Schumann, Haydn, Beethoven, Stravinsky ou des œuvres plus rarement abordées comme la Sinfonietta de Francis Poulenc. Il revient aujourd’hui en dirigeant l’Orchestre National d’Auvergne-Rhône-Alpes dans un programme exclusivement consacré à l’un de ses compositeurs fétiches, Wolfgang Amadeus Mozart, qu’il sert toujours avec le même soin méticuleux et la même imagination raffinée.

Pour ce deuxième concert découverte de 12h30, l’Auditorium de Lyon perpétue avec beaucoup de pertinence l’idée d’élaborer des moments originaux au format plus resserré, sans entracte et n’excédant pas une heure. Cette formule, permet ainsi, de réunir des publics différents, en satisfaisant à la fois des seniors, parfois réticents à sortir à des heures tardives, mais aussi des actifs (particulièrement nombreux dans le quartier d’affaires de la Part-Dieu), qui préfèrent parfois sacrifier quelque déjeuner insipide au profit de mets nettement plus spirituels et indispensables. Ces concerts sont destinés à tous les publics, aux mélomanes comme aux néophytes. Pour ces derniers, la musicologue Claire Laplace a apporté à l’assistance des informations précieuses concernant Mozart, son époque, et aussi de pertinents éclairages sur les œuvres inscrites au programme.

Orchestre national Auvergne Rhone Alpes c Jean Baptiste Millot
©Jean-Baptiste Millot.

L’Orchestre National d’Auvergne-Rhône-Alpes dirigé actuellement par le Violoniste Thomas Zehetmair, repose sur un socle de vingt et une cordes. Grâce à Jean-Jacques Kantorow l’ensemble voit le jour en 1984. Ce dernier a su élever la formation au plus haut niveau. La relève est aujourd’hui assurée à la fois par Thomas Zehetmaier qui, avec Christian Zacharias et le violoniste Enrico Onofri (ancien violoniste solo du Giardino Armonico), en leur qualité de chefs associés, se partagent la direction musicale de l’orchestre et donnent régulièrement des programmes qui comportent aussi une dimension pédagogique tout en comblant musicalement l’auditoire. L’orchestre a déjà réalisé une cinquantaine d’albums, toujours positivement salués par la critique pour leur originalité et la qualité de l’interprétation.

PhotoONL 20261022 concert decouverte 2 Credit CassandraGolebiewski 1 scaled
©Cassandra Golebiewski

Le public, venu en nombre en ce vingt-deux octobre, a pu entendre deux œuvres de Mozart particulièrement représentatives du style classique, dans tout ce qu’elles comportent d’élégance et de spiritualité. Vous l’aurez compris, nous ne plongeons pas dans les abîmes mozartiens exprimés dans ses dernières œuvres comme le Requiem, mais nous écoutons plutôt des pages magnifiquement tournées, légères et agréables à l’oreille même si Mozart vivait alors des moments douloureux, comme la disparition de sa mère.

PhotoONL 20261022 concert decouverte 2 Credit CassandraGolebiewski 5 scaled
©Cassandra Golebiewski

Ainsi que l’indiquait Claire Laplace dans son introduction, l’Orchestre National d’Auvergne-Rhône-Alpes a tout d’abord interprété trois mouvements extraits du 17ème Divertimento en Ré Majeur K 334/320b : 1°) Allegro – 5°) Menuetto – 6°) Rondo (Allegro). Composé en 1779 ce divertissement évolue dans le plus pur style galant. L’œuvre n’est pas destinée aux familles royales ni aux autorités religieuses pour quelques célébrations officielles, mais elle a été écrite pour certains membres de la bourgeoisie salzbourgeoise ou des amis désireux de pratiquer la musique dans un cadre plus intime et léger. Dans cette œuvre, la convivialité (Gemütlichkeit) autrichienne est de mise sans pour autant atténuer sa part de tragédie, même si les mouvements retenus pour ce concert en montrent plutôt les aspects les plus insouciants et joyeux. L’orchestre, augmenté de deux cors supplémentaires a donné une interprétation particulièrement vive et pétillante de ce Divertimento, avec d’impressionnantes nuances savamment dosées par Christian Zacharias où le très populaire menuet s’avérait un modèle du genre.

La seconde composition inscrite au programme n’était autre que le célébrissime Concerto pour flûte et harpe en Ut Majeur K 299. Celui-ci était extrêmement populaire voici quelques années et a malheureusement tendance à se raréfier, tant au concert qu’au disque. L’œuvre est particulièrement séduisante. Nous en trouvons au disque de nombreuses versions de référence parmi lesquelles : J.P. Rampal / L. Laskine – A. Le Roy / L. Laskine – J.P. Rampal / M. Nordmann – R. Bourdin / A Challan – K.H. Zoeller / N. Zabaletta – P. Gallois / F. Cambreling – E. Pahud / M.P. Langlamet – J. Galway / M. Robles… etc.

Ce concerto a largement contribué au succès de tous ces interprètes emblématiques des deux instruments. Aujourd’hui la harpiste Valeria Kafelnikov et le flûtiste Vincent Lucas reprennent fièrement le flambeau en donnant une interprétation particulièrement habitée de ce concerto où, là encore, tout le génie de Mozart s’exprime dans la clarté de la ligne mélodique et dans l’échange volubile entre les deux instruments solistes.

L’ouvrage trahit, par son élégance et sa légèreté, ses racines françaises exprimant à merveille le raffinement des salons parisiens au dix-huitième siècle. Il a été composé à Paris en avril et mai 1778, lors du dernier long séjour de Mozart en France et qui tournera au cauchemar puisque le compositeur n’obtiendra ni d’engagements réguliers, ni de concerts suffisamment rémunérateurs. Cette situation désespérée le contraindra à donner des leçons pour lui permettre de subsister. De surcroît, Mozart perd subitement sa mère au début de juillet 1778, le laissant seul et désargenté bien loin de chez lui. Malgré son aversion pour la flûte, il a composé à Paris cette œuvre élégante pour Adrien-Louis de Bonnières, Duc de Guînes, flûtiste amateur de grand talent, et surtout pour sa fille Marie-Louise-Philippine de Bonnières de Guînes, laquelle prenait alors des cours de harpe et de composition avec Mozart. Les sept partitions pour flûte et harpe retrouvées en février 2026 à la Bibliothèque Nationale de France constituent d’ailleurs un témoignage saisissant des leçons prodiguées à cette jeune aristocrate, et révèlent un aspect de Mozart moins familier, celui de pédagogue.

Cette création demeure une exception dans l’œuvre de Mozart, dans la mesure où ce concerto est le seul composé pour la harpe. L’auteur privilégie ici les dialogues entre les deux instruments solistes dont Valeria Kafelnikov et Vincent Lucas nous délivrent une conception pleine de verve et extrêmement maîtrisée, sans pour autant en atténuer l’émotion, tout particulièrement celle contenue dans le deuxième mouvement. Si le troisième mouvement est un véritable jaillissement sous les doigts de nos instrumentistes, on peut être quelque peu surpris au tout début du Rondeau final par un excès d’ornementation à la flûte, qui dénature quelque peu la pureté de la ligne mélodique. L’orchestre, renforcé cette fois par deux cors et deux hautbois – toujours placé sous la direction attentive de Christian Zacharias – offre à Valeria Kafelnikov et Vincent Lucas un écrin à leur mesure. Aux habituelles cadences écrites par Mozart, ces derniers ont préféré interpréter les trois magnifiques cadences conçues par Robert Levin (un grand spécialiste de Mozart et de son style). Celles-ci s’insèrent idéalement dans le concerto sans en trahir ni le style ni l’esprit, tout en lui conférant même un brin d’inédit particulièrement bienvenu.

Chaleureusement applaudis, Valeria Kafelnikov et Vincent Lucas ont offert au public lyonnais un bis particulièrement adapté avec la célèbre Méditation de Thaïs de Jules Massenet, qui partage avec les œuvres de Mozart jouées précédemment la même volonté de séduire par le raffinement de sa mélodie.

Jean-Noël REGNIER
22 octobre 2026

Orchestre National Auvergne – Rhône-Alpes
Direction Christian Zacharias
Vincent Lukas (flûte)
Valeria Kafelnikov (harpe)

Imprimer
Cookies
Nous utilisons des cookies. Vous pouvez configurer ou refuser les cookies dans votre navigateur. Vous pouvez aussi accepter tous les cookies en cliquant sur le bouton « Accepter tous les cookies ». Pour plus d’informations, vous pouvez consulter notre Politique de confidentialité et des cookies.