Nouvelle parution en Blu-ray et DVD en janvier 2026 d’une production passionnante à plus d’un titre du chef-d’œuvre de Mozart : Don Giovanni.
Don Giovanni : Kyle Ketelsen
Le Commandeur : Ain Anger
Donna Anna : Hanna-Elisabeth Müller
Don Ottavio : Stanislas de Barbeyrac
Leporello : Philippe Sly
Donna Elvira : Kate Lindsey
Zerlina : Patricia Nolz
Masetto : Peter Kellner
Mise en scène : Barrie Kosky
Décors et costumes : Katrin Lea Tag
Lumières : Franck Evin
Chœur et Orchestre de l’Opéra de Vienne
Direction musicale et pianoforte : Philippe Jordan
Blu-ray C Major – Unitel – ORF
Également disponible en DVD – Parution : janvier 2026
Enregistrée en décembre 2021 à l’Opéra de Vienne, sans public en raison des restrictions sanitaires alors en vigueur, on en ressent encore cet étrange sentiment d’isolement, de tristesse aussi, devant tous ces artistes et musiciens qui nous saluent juste devant les caméras, devant une salle vide.
Inexplicablement, C Major-Unitel ne publie qu’aujourd’hui ce précieux document.
Barrie Kosky n’est jamais vraiment là où on peut l’attendre. Ici, il voit dans la course effrénée du séducteur un hommage aux puissances dionysiaques.
Donc point de ruelles ni de palais, mais une nature minérale où règnent, selon les tableaux, d’immenses feuillages et fleurs de maïs, et surtout, au second acte, un gouffre central empli d’eau noire, qui donnera lieu d’ailleurs à de sublimes images lorsque Don Giovanni et son acolyte Leporello pataugent dedans.
Les costumes sont plutôt modernes, mais d’un grand chic : robes à la floraison exubérante pour les femmes, et tenues de velours pour les hommes.
Le fantôme ensanglanté du Commandeur, invisible pour certains, mais pas pour Don Giovanni, hante les lieux de la scène finale.
De superbes éclairages et contre-jours participent à l’ambiance générale d’un spectacle de haute tenue.
Évidemment, la direction d’acteurs est au cordeau, avec cet humour si particulier par moments, qui est la signature de Barrie Kosky.
Musicalement, on atteint de réels sommets également.
D’abord le « couple » Don Giovanni-Leporello, interprété respectivement par Kyle Ketelsen et Philippe Sly.
C’est d’ailleurs très intéressant, car nous qui avons vu et entendu Kyle Ketelsen en Leporello, et Philippe Sly en Don Giovanni au Festival d’Aix-en-Provence, les voir et les entendre dans les rôles inversés, c’est passionnant.
Alors Kyle Ketelsen – qui a la cinquantaine maintenant – propose un Don Giovanni très mature et très sûr de lui, offrant aux femmes son charme de la cinquantaine irrésistible (en outre il affiche un corps à la musculature encore parfaite), et une voix aussi solide que musicalement raffinée.
Son compère Leporello offre au beau Philippe Sly, dans la fleur de sa jeunesse (il a environ 35 ans), l’occasion de montrer tous ses talents non seulement de chanteur mais de comédien.
Kosky lui a demandé d’incarner un Leporello certes sexy et séduisant, vêtu d’un jean et d’un sweat à capuche noirs, les ongles peints en noir, mais atteint de troubles psycho-physiologiques (tremblements et gestes saccadés lorsque Leporello est stressé ou mis au pied du mur)…
Pour le rôle de Don Ottavio nous retrouvons notre magnifique ténor Stanislas de Barbeyrac.
Rôle ingrat dramaturgiquement, mais dont Stanislas nous offre un portrait musical qui touche au sublime ; renouant avec ses premières amours mozartiennes, notre ténor national qui aborde désormais des rôles chez Wagner interprète ici son Dalla sua pace comme son Il mio tesoro avec une science vocale (ah, ces vocalises pianissimo sur un seul souffle !) inoubliable !
Nous en venons même à nous demander sincèrement – au travers des nombreuses interprétations de Don Ottavio que nous avons eu l’occasion d’écouter – si nous avons déjà entendu ce rôle aussi magnifiquement interprété ; du très grand art !
Masetto jeune et agréable de Peter Kellner, et bon Commandeur sonore d’Ain Anger.
Le trio des femmes est superbe, dominé par la superlative Donna Anna de Hanna-Elisabeth Müller.
Kate Lindsey chante très bien le beau rôle de Donna Elvira, même si son air dit « de l’Oratoire » (Mi tradì…) la trouve légèrement à court de souffle dans les phrasés, mais cet air – sublime s’il en est – est d’une redoutable difficulté, il faut bien le dire.
La pétulante Zerlina de Patricia Nolz complète avec charme le trio féminin.
Philippe Jordan, aux commandes du prestigieux Orchestre de l’Opéra de Vienne, fait des merveilles.
Bon, bien sûr, à titre personnel, nous n’apprécions décidément toujours pas cette mode qui est d’aborder l’introduction de l’ouverture – comme celle de la scène finale – aussi rapidement, mais sinon, que de merveilles d’articulation, de couleurs instrumentales, d’accentuations !
Philippe Jordan – qui tient aussi le continuo clavecin – nous réserve ici une très belle interprétation orchestrale.
En résumé, une production vraiment, vraiment passionnante, et atypique de par son cadre imaginé, comme par l’ambiance étrange qu’elle dégage.
Nous conseillons vivement ce Blu-ray (ou DVD).
Dernier point : les sous-titres français sont absents – mais est-ce si grave ?
Après tout, nous connaissons par cœur cet ouvrage.
Marc Jenoc










