Nabucco au Macerata Opera Festival : Anastasia Bartoli au sommet en Abigaille

Nabucco au Macerata Opera Festival : Anastasia Bartoli au sommet en Abigaille

dimanche 9 août 2026

©Macerata Opera Festival

Seule nouvelle production de cette 62ème édition du Macerata Opera Festival, Nabucco est mis en scène par Paul-Émile Fourny, en coproduction avec la Fondazione Pergolesi Spontini. La scénographie de Benito Leonori habille le mur du Sferisterio, de toiles tendues en parties hautes qui se prolongent par des blocs de pierre posés au sol. Ce dispositif permet les projections vidéo d’excellente qualité, conçues par Mario Spinaci, le plus souvent des images d’aspect minéral avec des rochers se transformant en Mur des Lamentations, une bibliothèque de livres en pierre au II, la mer apparaissant ensuite au III pour le chœur « Va pensiero », puis des flammes au dernier acte pour la condamnation à mort de Fenena et des Hébreux. Les blocs de pierre en forme de cornière peuvent être poussés depuis le mur vers le milieu du plateau, ou bien encore, en pivotant sur leur socle, changer d’angle ou de surface présentée à la vue du public. Au troisième acte, deux blocs ont fait demi-tour et présentent l’aspect de pierres bleues de la Porte d’Ishtar à Babylone visible au musée Pergamon de Berlin, tandis qu’autour, les roches sont disposées en forme d’hémicycle. Le jeu des acteurs est assez traditionnel et les mouvements de foule limités, à l’exception d’une animation particulière pendant le « Va pensiero », où des corps roulent à terre en avant-scène sur les images vidéo de la mer, en écho, on peut le supposer, aux migrants qui perdent encore leur vie en 2026 par noyade en Méditerranée.

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La distribution vocale est dominée par les deux rôles principaux, à commence par la très impressionnante Abigaille d’Anastasia Bartoli. Tout comme Lady Macbeth qu’elle avait chantée à l’Opéra de Marseille en 2022, Abigaille est un autre rôle meurtrier vocalement, avec ses très larges intervalles, ses aigus forte mais aussi ses nuances plus douces à assurer. Dans une forme éblouissante, la soprano italienne délivre un chant qui respire la pleine santé vocale, dans toutes ses nuances. Au deuxième acte, l’instrument se fait moelleux pour conduire la cantilène « Anch’io dischiuso un giorno », puis elle fait preuve d’un remarquable abattage au cours de la cabalette qui suit « Salgo già del trono aurato », en incluant des variations dans la reprise, très inspirées et originales, s’éloignant sensiblement de la partition chantée pour la première strophe. Par ailleurs, les traits d’agilité ne lui posent aucun problème, étant habituée à fréquenter des compositeurs belcantistes, Rossini en tête.

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En Nabucco, Ariunbaatar Ganbaatar est l’un des tout meilleurs barytons Verdi actuels et le public français avait pu l’entendre dans La forza del destino à l’Opéra de Lyon en 2025. D’une richesse et d’une noblesse rares, la voix paraît avoir encore gagné en puissance, pour se rapprocher de celle de son compatriote Amartuvshin Enkhbat, autre baryton mongol. Après avoir poussé sans doute un peu trop son instrument, des petites fêlures se font malheureusement entendre dans sa prière du IV « Dio di Giuda » et il doit par endroits gérer ses moyens dans la cabalette qui suit pour éviter l’accident.

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Le Zaccaria d’Alberto Comes ne connaît pas, quant à lui, de baisse de régime, voix qui porte et procure autorité au personnage. L’instrument est dynamique pour conduire les passages agités, comme « Come notte a sol fulgente », et les aigus sont projetés avec force. Sa prière du deuxième acte « Vieni, o Levita » est aussi une merveille d’équilibre entre l’émotion d’une voix superbement placée et le très fin accompagnement musical, violoncelle solo principalement.

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Le ténor Alessandro Scotto Di Luzio est un Ismaele sonore et d’un mordant certain, aux accents très lyriques, tandis que la Fenena de Laura Verrecchia enthousiasme moins, voix sombre et suffisamment puissante, mais accompagnée d’un vibrato plutôt encombrant.

Pour la troisième soirée consécutive dans trois titres différents, l’Orchestra Filarmonica Marchigiana joue en fosse avec à nouveau une maîtrise technique assurée. La direction musicale de Fabrizio Maria Carminati est vivante, dynamique, variée et très bien équilibrée entre musiciens et solistes et choristes sur le plateau. Dès l’Ouverture, les cuivres mettent du sentiment dans leurs interventions, les instruments en coulisses qui interviennent régulièrement plus tard faisant aussi un sans-faute.

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L’un des sommets de la soirée est sans doute la confrontation « Donna, chi sei ? » entre Nabucco et Abigaille au III, sur une musique d’un fort relief dramatique, y compris dans ses silences. Les choristes du Coro Lirico Marchigiano “Vincenzo Bellini” semblent eux également galvanisés ce soir, réussissant idéalement leurs nuances forte, piano, piano subito parfois, dans ce titre verdien qui paraît faire partie de leur ADN.

Irma FOLETTI
9 août 2026

Nabucco, opéra de Giuseppe Verdi
Macerata, Sferisterio

Direction musicale : Fabrizio Maria Carminati
Mise en scène : Paul-Émile Fourny
Décors : Benito Leonori
Costumes : Giovanna Fiorentini
Chorégraphie : Giorgia Leonardi
Vidéo : Mario Spinaci
Lumières : Ludovico Gobbi

Nabucco : Ariunbaatar Ganbaatar
Ismaele : Alessandro Scotto Di Luzio
Zaccaria : Alberto Comes
Abigaille : Anastasia Bartoli
Fenena : Laura Verrecchia
Il Gran Sacerdote Di Belo : Renzo Ran
Abdallo : Simone Fenotti
Anna : Alessia Camarin

FORM-Orchestra Filarmonica Marchigiana
Coro Lirico Marchigiano “Vincenzo Bellini” (chef des choeurs : Christian Starinieri)

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