Monaco : la der de Yamada

Monaco : la der de Yamada

jeudi 6 août 2026

©Frederic Nebinger-Palais princier

C’était le dernier concert de l’été dans la Cour du Palais Princier de Monaco. C’était aussi, en présence du prince Albert II, le dernier que Kazuki Yamada dirigeait après dix années de rayonnante présence à la tête de l’Orchestre Philharmonique de Monte-Carlo.

Cela commença par une étrangeté : le Quatuor à cordes de Ravel joué par un orchestre… sans cordes ! Il fallait oser. Le compositeur Giancarlo Chiaramello, octogénaire résident monégasque, a eu cette idée folle de transcrire cette musique pour un orchestre uniquement fait de vents, de percussions, de harpes, d’un piano, d’un clavecin, etc… Dans une sorte de mosaïque sonore, chaque instrument apportait sa petite pierre de couleur, son éclat, et tous venaient s’imbriquer les uns dans les autres avec l’exactitude précieuse d’une marqueterie. Au commencement du deuxième mouvement, la caisse claire se montra un peu trop présente à notre goût. Mais l’ensemble eut de l’allure, de la classe. Seuls les deux premiers mouvements furent joués pour ne pas trop allonger la soirée.

Car le pianiste Alexandre Kantorow attendait. Il entra dans le Deuxième Concerto de Liszt avec cette autorité tranquille des artistes auxquels la virtuosité ne coûte plus rien. Il fut tour à tour puissant et rêveur, impérieux et tendre, bondissant et recueilli. Ses doigts semblaient connaître tous les chemins du clavier, même ceux que Liszt avait malicieusement pris soin de semer d’embûches. On retrouvait là le pianiste des grands exploits – celui du Concours Tchaïkovski de Moscou et des J.O. de Paris.

Puis vint le bis. Le Palais se tut. Kantorow joua dans un moment de recueillement la transcription par Liszt de la Mort d’Isolde de Wagner. Il y eut ce piano noir et ce jeune homme penché sur lui. Toute la Cour demeura suspendue non à ses lèvres, mais à ses doigts.

Vint enfin l’apothéose: La Valse de Ravel. Kazuki Yamada ne la dirigea pas : il la dansa. Il fallait le voir ! À son pupitre, son corps souple comme un roseau accompagnait les élans de l’orchestre. Par instants, il oubliait même de battre la mesure. La valse tournait, tourbillonnait. Elle emportait les musiciens, le public, la galerie Renaissance, les fresques d’Hercule, peut-être même les étoiles au-dessus de la Cour !

 

260806 Palais K. Yamada A. Kantorow credit Frederic Nebinger Palais princier 24 1
©Frederic Nebinger-Palais princier

Puis tout s’arrêta. Et le public se leva. Le prince Albert II lui aussi. On remerciait ce chef souriant qui, pendant dix ans, avait fait grandir et rayonner le Philharmonique de Monte-Carlo. Alors survint une image que l’on n’oubliera pas : un garde en grand uniforme blanc s’avança jusqu’au cussi à Didier de Cottignies, excellent délégué artistique qui précéda et accompagna toutes ces années de musique et de réussite. Et puis là-haut, au dernier rang de l’orchestre, une autre histoire s’achevait : le corniste Didier Favre prenait sa retraite. Ses camarades lui témoignèrent l’hommage fraternel de musiciens qui avaient partagé avec lui tant de répétitions, tant de concerts, tant de tournées, tant de soirs où il avait fallu être parfaits ensemble – et où ils l’avaient été.

Il fallait un dernier bis. Kazuki Yamada fit retentir la Marche des Rois de L’Arlésienne de Bizet. Une façon d’enflammer à nouveau la Cour. Kazuki Yamada, oui, s’en est allé comme un roi !

André PEYREGNE
6 août 2026

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