Il barbiere di Siviglia de Rossini est plutôt un opéra intimiste, sans grandes scènes de foule : les musiciens et choristes à l’entame « Piano pianissimo »sont censés, dans une ambiance nocturne, ne pas pousser trop fort la note pour ne pas réveiller la population. Puis en fin de premier acte, les soldats débarquent dans la maison de Bartolo, mais sans doute celle-ci d’une capacité d’accueil limitée. Ce n’est pas pour autant que les grandes maisons ne programment pas ce titre parmi les plus populaires, dans des productions de grande ampleur. Deux exemples, d’abord la production de Damiano Michieletto créée à Genève en 2012, qui est encore régulièrement reprise sur le très grand plateau de l’Opéra Bastille. Autre spectacle, cette fois moins agité, celui de Hugo De Ana pour les arènes de Vérone depuis 2007, réalisation intelligente et très élégante parmi la verdure et les roses géantes sur scène.

L’immense plateau du Sferisterio, tout en largeur devant l’imposant mur, représente certes un défi pour qui veut monter le plus connu des opéras rossiniens. Le Macerata Opera Festival reprend cette année la production de Daniele Menghini créée ici-même en 2022. Le metteur en scène transpose significativement l’action, en nous présentant un plateau de tournage pour la télévision, avec deux écrans de part et d’autre d’un podium central qui retransmettent régulièrement les images filmées en direct. Mais c’est d’abord une présentatrice de la chaîne « Operameet » qui expose l’intrigue, dans les studios SCS pour « Sevilla City Studios ». Elle se fait un peu longue et on lui coupe le micro, avant de l’enlever. Comme un petit fil rouge, on retrouve la dame sur les écrans avant le début du second acte, elle a réussi à retirer le scotch sur sa bouche et présente à nouveau… avant que l’image ne se brouille en affichant un bien connu « 404 Page not found ». Ces petites animations sympathiques précèdent toutefois des séquences beaucoup plus animées, qui penchent parfois vers l’agitation surabondante, comme à partir de l’Ouverture et le premier tableau où choristes et figurants courent en tous sens pour former bientôt une chenille, façon fête de mariage en fin de soirée.
Fiorello est un machiniste en salopette jaune et la vedette de télévision Almaviva chante dans un faux micro, accompagné aux guitares électriques et se faisant aider par son assistante qui lui fait défiler les paroles sur une tablette.Plus tard, c’est en véritable rock-star qu’apparaît Basilio, en jupe noire, T-shirt transparent et tatouages, entouré de ses musiciens pour sa chanson « La Calumnia », filmée elle aussi. Malheureusement la mention « F*CKTOTUM » sur les télévisions à l’entrée en scène de Figaro nous fait basculer dans la vulgarité, un mauvais goût somme toute inutile au vu de l’action gentillette : procédé répétitif, il chante lui aussi au micro et dédicace ensuite son livre « Figaro ».

La maison de Bartolo est réduite à la chambre de Rosina, une pièce transparente perchée en haut d’une structure métallique où l’on accède par une échelle. Avec ses affiches de Unes de magazines Vogue, Grazia, …, il s’agit davantage d’une pièce de maquillage, avec table et miroir. On adhère à l’humour de plusieurs passages, quand au début du second acte « Pace e gioia sia con voi » Almaviva entre sous les allures d’un hippie baba cool, joint à la bouche, ou encore lorsque Bartolo, docteur de son état, fait des injections de botox aux patients qui défilent, y compris Berta et Rosina. La réalisation est aussi fréquentée par des figurants, dont un en lapin géant, ainsi qu’un Arlequin omniprésent. La conclusion s’écarte avec originalité de l’habituel happy end : Rosina montre une tristesse visible à l’idée de s’unir avec Almaviva… la prison du mariage après la prison chez son tuteur Bartolo ? Elle jette finalement sa robe de mariée et s’échappe en courant pour monter dans la voiture d’Arlequin.

Entendu la veille dans Carmina Burana, le jeune baryton arménien (28 ans) Grisha Martirosyan confirme tous ses talents en Figaro, voix superbement timbrée, au bon abattage et capable d’enfler certains aigus de son air d’entrée « Largo al factotum ».

La Rosina de Raffaella Lupinacci émet un riche et sombre timbre, fait preuve de musicalité et souplesse dans son air d’entrée « Una voce poco fa », insérant une petite variation bienvenue dans la dernière reprise. Rescapé des représentations de 2022, le ténor Ruzil Gatin tient son rôle du Conte d’Almaviva avec une voix ferme et une agilité appliquée, en particulier pour dérouler son long morceau de bravoure « Cessa di più resistere » du II, où il fait preuve d’élégance dans les moments doux et d’abattage pour les passages les plus rapides et fleuris.
Marco Filippo Romano a dans la voix des accents bouffe qui le prédisposent idéalement au rôle de Don Bartolo, y compris pour le chant sillabato, même à volume un peu plus réduit dans les moments à très grande vitesse.

Sans véritablement « casser les planches », le Don Basilio de Riccardo Fassi assure avec profondeur de grave et homogénéité de son instrument, sans doute avec une puissance un peu en deça vis-à-vis de la taille du Sferisterio. Le Fiorello de Valerio Morelli fait très belle impression, tout comme la Berta de Giulia Mazzola, voix bien en place et musicale dans son air « Il vecchiotto cerca moglie ».
On a connu résultat musical plus inspiré que celui rendu par le chef Jacopo Brusa, aux tempi régulièrement lents qui donnent une impression d’une musique en manque de nerf, d’énergie, de vie. Même avec de fugaces décalages entre fosse et plateau, l’Orchestra Filarmonica Marchigiana montre une bonne maîtrise technique, le problème étant davantage un manque chronique d’impulsion collective. Un exemple parmi d’autres, la fin du quintette pendant le second acte « L’amico delira, la testa gli gira », sorte de finale primo, où la pulsation semble bien plus plate que l’action sur scène.

Succès public au final pour cette réalisation riche, voire suractive ou surchargée par moments. On note d’ailleurs que les séquences où le metteur en scène laisse vivre la vis comica naturelle rossinienne sans surajouts, comme à la fin du premier acte avec l’irruption des soldats, sont sans doute celles qui fonctionnent le mieux et nous font plus largement sourire.
Irma FOLETTI
8 août 2026
Il barbiere di Siviglia, opéra de Gioachino Rossini
Macerata, Sferisterio
Direction musicale : Jacopo Brusa
Mise en scène : Daniele Menghini
Décors : Davide Signorini
Costumes : Nika Campisi
Lumières : Simone de Angelis
Vidéo : Stefano Teodori
Il Conte d’Almaviva : Ruzil Gatin
Don Bartolo : Marco Filippo Romano
Rosina : Raffaella Lupinacci
Figaro : Grisha Martirosyan
Don Basilio : Riccardo Fassi
Berta : Giulia Mazzola
Fiorello : Valerio Morelli
Ambrogio : Marco Caudera
Un Ufficiale : Davide Filipponi
FORM-Orchestra Filarmonica Marchigiana
Coro Lirico Marchigiano “Vincenzo Bellini” (chef des choeurs : Christian Starinieri)
Produzione dell’Associazione Arena Sferisterio per il Macerata Opera Festival 2022






