Dernière production de la saison : l’Opéra-Comique nous propose un ouvrage rare et précieux pour cultiver et conserver en mémoire des pages sombres de l’histoire du XXe siècle.
Il s’agit ici d’un opéra pour enfants de Hans Krasa (sur un livret d’Adolf Hoffmeister) créé à Prague en 1942, puis à Theresienstadt un an plus tard.

Fruit d’une commande ministérielle, il est à l’origine destiné à des interprètes enfants dans le milieu scolaire.
L’invasion par l’Allemagne nazie de la Tchécoslovaquie donna un tout autre sens à ce Brundibar qui devint un classique, et servit également d’objet de propagande.
Il fut de même source de réconfort pour les détenus du camp de Terezin avant leur déportation à Auschwitz.
L’argument peut se résumer ainsi : Aninka et Pepicek sont déterminés à soigner leur mère souffrante. Le docteur prescrit à la malade de boire du lait ; hélas ,les enfants sans le sou doivent trouver une solution. Ils auront à braver le redoutable Brundibar – fameux artiste de rue – en chantant mieux et plus fort que lui .
Fort heureusement les enfants de la ville mobilisés par des animaux compatissants leur apporteront une aide précieuse pour arriver à leur fin.

Notre avis sur la représentation du 3 juin 2026 :
Un astucieux prologue à ce conte plein de symboles nous embarque dans une toute autre histoire, celle d’une vieille dame en proie à un tyran.
Autre allusion évidemment à celui dont on taira le nom, mais que tout le monde reconnaîtra.

Nous nous trouvons en lever de rideau dans une salle de classe.
Ce sera l’occasion d’entendre des œuvres de Janacek (Suite pour sextuor à vents), Poulenc (Cantate de chambre, Motets …) ainsi qu’un récit de Jean-Claude Grumberg qui nous feront patienter avant de démarrer l’opéra en question.
Les deux contes allégoriques qui s’entremêlent ne facilitent pas la lecture et le propos de nos auteurs mais qu’importe, on se laisse bercer par la jolie partition de Krasa et surprendre par la terrible tragédie qui se joue.

Nous avons apprécié une fois de plus la virtuosité des interprètes de la Maîtrise Populaire de l’Opéra-Comique (notamment dans la scène finale) qui se révèlent bouleversants .
Ces grands moments d’émotion orchestrés par Muriel Mayette-Holtz et Jean-Claude Berutti à la mise en scène (et par Louis Langrée au pupitre ) nous invitent à réfléchir en ces temps où le monde semble de nouveau furieusement s’enflammer.
Philippe POCIDALO
3 juin 2026




