BADISCHE STAATSTHEATER KARLSRUHE : « LA STRANIERA » , opéra oublié et rarement joué de Bellini…

BADISCHE STAATSTHEATER KARLSRUHE : « LA STRANIERA » , opéra oublié et rarement joué de Bellini…

dimanche 19 avril 2026

©Felix Grünschloss

Malgré son immense succès lors de sa première en 1829 à la Scala de Milan ainsi que sur de nombreuses scènes d’opéra d’Europe et du monde, dont celle de Kalrsruhe en 1837… La Straniera 4e opéra de Vincenzo Bellini tomba dans l’oubli à partir du milieu du 19e siècle.

Les collectionneurs d’œuvres rares peuvent découvrir cette œuvre grâce à l’’Opéra de Karlsruhe qui a réalisé un exploit remarquable avec sa production semi-mise en scène d’une rareté du bel canto.

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©Felix Grünschloss

Sous la direction d’Attilio Cremonesi, la troupe du Badische Staatstheater de Karlsruhe offre une interprétation magistrale, notamment grâce à la performance remarquable d’Ina Schlingensiepen dans le rôle-titre d’Adélaïde, l’étrangère.

L’histoire s’inspire d’un événement historique de la fin du XIIe siècle, lorsque le roi de France, Philippe II, répudia immédiatement sa jeune épouse, la princesse danoise Ingeborg, et, malgré ses protestations, obtint l’annulation de leur mariage. Il épousa ensuite Agnès Marie d’Andechs-Méranie, mais, sous la pression d’Ingeborg qui réclamait sa reconnaissance, il la bannit.

Cette Agnès devint Alaide et, par la suite, l’héroïne de d’Arlincourt. Se repliant sur elle-même, elle se métamorphosa en une mystérieuse étrangère vivant dans une cabane au fond des bois. L’histoire est transposée à la cour rurale de Montolino, en Bretagne, et, grâce à l’ajout de personnages fictifs, met en lumière une situation de bigamie similaire et ses conséquences. Le duc Arturo d’Avenstel est sur le point d’épouser Isoletta, la fille de Montolino, mais il est captivé par l’énigmatique Agnès, que son frère Léopold, exilé sous le nom de Valdeburgo, observe. Toutes les tentatives pour le persuader, y compris celles du machiavélique Osburgo, ne peuvent le dissuader d’épouser Agnès qui, bien que non totalement insensible à son charme, le rejette néanmoins. Quand Arturo, ignorant de leur lien de parenté, les surprend enlacés, il prend Valdeburgo pour un rival et, après un duel, le pousse, blessé, dans le lac. Lorsqu’Agnès révèle leur lien, il se jette à l’eau pour le sauver. Alaide est retrouvée vêtue de sang et, malgré la réapparition de Valdeburgo, est accusée de meurtre. Elle n’est libérée que lorsqu’elle révèle son identité. Arturo tente une nouvelle fois, cette fois-ci sous la contrainte, d’épouser Isoletta, encouragé même par Alaide, mais il ne peut résister à la pression et se suicide après que la nouvelle de la mort d’Ingeborg se soit répandue, révélant ainsi à Agnès sa position légitime de reine, et qui sombre dans la folie.

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©Felix Grünschloss

Pour faciliter la compréhension par le public, le Badisches Statstheater Kalrsruhe a opté pour une mise en scène semi-scénique, accompagnée d’une narration écrite par le metteur en scène Tobiaz Ribitzki, relatant les explications nécessaires. Ces commentaires, ponctués de clins d’œil, sont interprétés par Matthias Wohlbrecht, qui chante également le rôle du perfide Osburgo.

La mise en scène, très intelligente avec un minimum de moyens et un jeu d’acteurs à la fois sobre et intense, recentre les actions sur l’essentiel, les soulignant par des tableaux scéniques parfaitement adaptés. Un portail orné, de taille réduite, surmonté d’un vieux rideau de théâtre, sert de cadre à la scène, sur laquelle repose une simple estrade pour le chœur, qui suggère la chute des deux rivaux dans l’eau, sur fond de lac aux allures de film.

Les costumes de Maike Pauline Venzlaff-Ruiz et Claire-Sophie Welte, situent avec justesse les personnages dans ce cadre romantique. Seul le chœur du Badische Staatstheater de Karlsruhe, sous la direction du chef des chœurs Ulrich Wagner, se produit en tenue de concert, partition en main, avec le plus grand professionnalisme.

La Badische Staatskapelle placée dans la fosse surélevée, sous la baguette très inspirée d’Attilio Cremonesi, remplit admirablement le rôle que Bellini lui avait confié « accompagner les chanteurs ». Attilio Cremonesi sait donc se saisir de la délicatesse de l’instrumentation pour équilibrer avec une grande méticulosité et une sensibilité remarquable la sonorité riche et puissante. Une mention spéciale est à décerner aux solistes de cor anglais et de la flûte.

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©Felix Grünschloss

Le plateau vocal ce soir à Karlsruhe est d’un haut niveau, surtout pour les voix féminines. C’est évidemment, Ina Schlingensiepen, membre de longue date de la troupe du Badische Staatstheater et Kammersängerin, après avoir interprété les trois reines de Donizetti, qui a donc brillé dans l’énigmatique Straniera de Bellini, en déployant une palette sonore et une puissance vocale accrue. Soprano colorature renommée, elle a conservé son agilité vocale exceptionnelle, son lyrisme et son jeu dramatique et tout cela dans un registre medium enrichi. Sa voix survole avec légèreté les mélodies mélancoliques, avant de déployer toute la puissance, notamment dans son air final. En fait, cette œuvre de Bellini est faite pour elle.

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©Felix Grünschloss

Le ténor Jenish Ysmanov, dans le rôle d’Arturo, captive au début par son ténor riche, juvénile et dramatique, plein de fougue qui sied parfaitement au caractère impétueux du Duc, même si un certain manque de puissance limite de temps en temps l’impact de son chant.

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©Felix Grünschloss

Armin Kolarczyk, baryton fidèle à la troupe de Karlsruhe, incarne avec une grande sensibilité Valdeburgo, le frère d’Alaide. Il maîtrise cet art à la perfection. Sa technique superbe lui permet, même à ce stade avancé de sa carrière, de relever tous les défis, excellent dans le répertoire « bel canto » , avec un timbre équilibré et rond, même dans les aigus. Un timbre légèrement plus « chaud » aurait encore sublimé davantage les harmonies profondes de Bellini.

Après un début un peu timide et plus discret, la mezzo-soprano Florence Losseau, avec son timbre opulent fait preuve d’une grande souplesse, d’une belle élégance lyrique et d’une virtuosité éclatante, mais aussi d’un charme physique. Ce qui fait d’elle une belle Isoletta.

Avec sa voix de basse profonde et riche, alliant raffinement et expressivité, Liangliang Zhao est impressionnant dans le rôle du Prieur arbitraire.

Le chanteur de chambre et ténor de caractère Matthias Wohlbrecht, collaborateur de longue date de la troupe, prête sa voix à Osburgo avec un accent délicieusement malicieux et, de surcroît, fait office de « modérateur », sorte de M. Loyal, tout au long de la représentation, expliquant les événements à maintes reprises et offrant également des commentaires satiriques parfois contre-productifs.

La représentation parfaite et sans fausse note… s’est achevée sous une ovation bien méritée.

Marie-Thérèse Werling
19 avril 2026

Distribution :

Direction musicale : Attilio Cremonesi
Mise en scène et scénographie : Tobias Ribitzki
Costumes : Maike Pauline Venzlaff-Ruiz et Claire Sophie Welte

Alaide : Ina Schlingensiepen
Arturo : Jenish Ysmanov
Valdeburgo : Armin Kolarczyk
Isoletta : Florence Losseau
Osburgo : Matthias Wohlbrecht
Prieur : Liangliang Zhao

Chœur de l’Opéra national de Bade, Badische Staatskapelle

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