Opéra Royal de Wallonie : PRIMA LA MUSICA… UNE NOUVELLE SAISON ENTRE « POUVOIRS, DÉSIRS » ET PARIS (FOUS ?)

Opéra Royal de Wallonie : PRIMA LA MUSICA… UNE NOUVELLE SAISON ENTRE « POUVOIRS, DÉSIRS » ET PARIS (FOUS ?)

mercredi 15 avril 2026

©Laurent Arpison

Avant de développer les choix artistiques ayant présidé à l’élaboration de la saisons 2026-2027, Stefano PACE a tenu à rappeler le plaisir de voir le public suivre le chemin qui lui est proposé, avec un taux de remplissage très satisfaisant.

Il a tenu également à mentionner deux succès (Il Cappello di paglia di Firenze et La Dame de Pique) qui ne figurent pas dans les ouvrages les plus fréquemment programmés. Il a ensuite clairement affiché l’ambition d’entrer dans la Cour des Grands et il a pu évoquer la préparation actuelle de la saison 2030-2031 – ce qui ne surprendra personne, les agendas des interprètes courant sur de nombreuses saisons à venir.

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©Laurent Arpison

Le directeur général et artistique récemment reconduit dans ses fonctions a clairement mis l’accent sur la nécessité de faire alterner titres chéris du répertoire, propositions plus inattendues et créations afin de rendre, selon son expression, la maison « vivante ». De fait, Le 31 octobre dernier, Liège a rejoint le Réseau des Villes Créatives de l’UNESCO dans le domaine de la musique, devenant la deuxième ville belge après Gand à recevoir cette distinction. Willy DEMEYER, bourgmestre de Liège, a eu ainsi raison d’insister sur l’impératif d’une culture mise au centre du monde actuel comme expression de la beauté, mais aussi source d’émancipation des individus.

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©J.Berger-ORW-Liege

Que retenir, alors, de la saison future annoncée avec le renfort des Maestri BISANTI et BATTISTONI ?

D’abord le choix de titres, certes fort connus, mais étrangement absents de la scène liégeoise depuis trop longtemps (huit ans pour Macbeth, trente-six ans pour Thaïs, trente-sept ans pour Lohengrin, quarante-six ans pour Roberto Devereux dont ce sera aussi la création scénique in loco !). Certains ouvrages du répertoire seront même créés à l’ORW : Le Baiser de Smetana (une rareté tout court !) et Capriccio.

Ensuite, les choix de répertoires et de cultures : Wagner, Massenet, Smetana, Verdi, Donizetti, Puccini, Strauss, Ravel. Voilà un répertoire très resserré dans le temps – de 1837 à 1942 – avec une forte dominante XIXe siècle. Après tout, pourquoi pas, chaque saison construisant en se succédant un trajet au long cours ? À l’heure du bilan des différents mandats de Stefano Pace, il sera toujours possible de visualiser la carte de ses favoris.

Les distributions ? Beaucoup de jeunes chanteurs dont la carrière commence à décoller (Micheletti, Płonka, Minasyan, Surguladze), mais aussi des prises de rôle (notamment pour Thaïs, avec trois premières pour Minasyan, Lhote et Thill, ou pour l’Ortrud de Nino Surguladze).

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©J.Berger-ORW-Liege

Il en sera de même pour les chefs : Maestro BISANTI sera heureusement présent pour Macbeth, Lohengrin, et Roberto Devereux (ouvrages dont il parle avec gourmandise, respect, admiration même et pour lesquels il trace des lignes de recherche musicale plus qu’appétissantes) tandis que les jeunes Alessandro Cadario, Pierre Dumoussaud, Michael Güttler, Robert Treviño et Daniele Squeo se partageront le reste de la saison aux côtés de Jean-Yves Ossonce.

Le Signore PACE a d’ailleurs beaucoup insisté sur l’importance du concours de direction d’orchestre au sein de la maison. L’attente toujours intense venant des afficionados d’interprètes renommés pourra être comblée par Roberto Devereux (Machaidze, Mironov, Deshayes) ou par Turandot (Hernandez, Ganci). Avouons par contre notre déception personnelle de voir programmée Lianna Haroutounian en Comtesse de Capriccio : la dame, entendue en scène à plusieurs reprises, ne nous a jamais laissé de souvenir marquant, pour le moins, et son absence de charisme vocal et scénique pourrait peser lourd sur la création in loco du bijou straussien. Mais qui sait ? Ce rôle, dans ce théâtre, pourrait enfin animer la flamme ?

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©J.Berger-ORW-Liege

En ce qui concerne les productions, le directeur a indiqué les quelques transpositions qui seront au cœur de certaines productions, sans jamais se départir d’un mantra auquel nous souscrivons : de l’élégance et de la pertinence ! D’ailleurs, dans le débat qui traverse Capriccio, Stefano PACE a clairement choisi : PRIMA LA MUSICA, DOPO LE PAROLE, comme le chante Flamand. Là encore, même si c’est à contre-courant des options prises dans tant et tant de théâtres, nous sommes fermement d’accord. Aucune production indigente sur le plan vocal et/ou orchestral n’a jamais pu, grâce à une scénographie inventive, brillante ou plus fréquemment tape-à-l’œil et provocatrice, nous soulever du fauteuil ! Quelle tristesse de constater, années après années, que bon nombre de versions concert nous apportent plus de joies que de multiples versions scéniques où la mise a porté sur la vue et non sur l’oreille. Voilà un chemin tracé par le Signore PACE sur lequel nous nous engageons avec joie !

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©DR

Quid de la création contemporaine ? Andrea BATTISTONI, chef et compositeur en résidence, aura en charge la composition de Zombie Opéra, pour lequel il insiste sur le genre : un opéra, pas un musical ni un opéra rock, en dépit d’influences parfois venues de la Pop. Plus « crazy » (sic) encore, l’apparition d’un nouveau finale pour Turandot pour lequel il écrira également un livret. Après les réalisations d’Alfano (version courte et version longue), de Berio, de Weiya, voire de Christopher Tin sur un nouveau livret de Susan Soon He Stanton, cette création formera une sorte d’apothéose de la prochaine saison. Retour à Gozzi ? à François Pétis de la Croix ? à Nizami Ganjavi ? BATTISTONI affirme vouloir se nourrir du mythe et centrer son finale sur Calaf en restant cohérent par rapport à la caractérisation féminine centrale de l’ouvrage, vraiment en antithèse avec l’ensemble des « petites femmes » pucciniennes. Vedremo, sentiremo !

Tous les détails sont à retrouver sur le site du théâtre à l’adresse suivante : https://www.operaliege.be/evenement/?saisons=56487&cats=&view=columns&pages=1&lang=fr

Alors que la saison en cours n’a pas dit, tant s’en faut, son dernier mot, ces perspectives de saison soulèvent bien des désirs ! Affaires à suivre !

Laurent ARPISON
15 Avril 2026

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