FESTIVAL DE PÂQUES BADEN-BADEN : LOHENGRIN entre féérie et kitsch, le cygne a perdu des plumes !

FESTIVAL DE PÂQUES BADEN-BADEN : LOHENGRIN entre féérie et kitsch, le cygne a perdu des plumes !

mardi 31 mars 2026

©Martin Sigmund

Le Festival de Pâques du Festspielhaus Baden-Baden entre dans une nouvelle ère, après le départ de l’Orchestre Philharmonique de Berlin pour reprendre ses quartiers de printemps à Salzburg.

C’est donc le Mahler Chamber Orchestra, sous la baguette de Joana Mallwitz qui inaugure ce Festival avec le retour de Wagner également dans une nouvelle production (entre kitsch et féérie) du conte de fées wagnérien du Chevalier au cygne Lohengrin, confiée à Johannes Erath pour la mise en scène et à Herbert Murauer pour la scénographie.

Créée le 28 août 1850, jour de l’anniversaire de Goethe, à Weimar, sous la direction de Franz Liszt, l’œuvre ne fut jouée à Bayreuth qu’en 1894. En raison de son implication dans la révolution de Mai 1849 à Dresde, Wagner a dû fuir, recherché par la police et manqua donc la première, étant en exil à Zurich Il s’identifiait à Lohengrin et se considérait comme un « Dieu, un artiste absolu ».

La mise en scène

Elle représente d’abord dans un jeu d’opposition remarqué notamment dans le contraste de couleurs noires et blanches et ensuite dans une conception de caricature kitsch, qui s’exprime surtout au travers du couple Lohengrin et Elsa, soulignée par de nombreuses vidéos, paillettes et plumes !!!. D’ailleurs les projections de la vidéaste allemande Bibi Abel, surtout au premier acte, n’apportent pas toujours grand-chose, comme les têtes apparaissant en fond de scène, les feux d’artifice autour du couple Elsa et Lohengrin dans le premier acte, sans parler du sol de strass où ils dînent au 3e acte. On se serait cru au Lido…

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©Martin Sigmund

Outre la scénographie, il faut se rendre à l’évidence que le costume blanc de Lohengrin, recouvert d’un manteau de fourrure blanche orné de plumes, ressemble davantage à un costume disco (façon Elvis Presley) que de l’élégance du Chevalier blanc. Comble du kitsch, au moment de son apparition, une pluie de plumes tombait du plafond dans la salle du Festspielhaus ???? Par contre, les vêtements noirs et élégants de Telramund, et ceux corbeaux et aguicheurs d’Ortrud, réalisés par la costumière allemande Gesine Völlm sont très réussis et beaucoup plus crédibles.

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©Martin Sigmund

Le deuxième acte se déroulant principalement dans les chambres à coucher respectives des deux couples est bien réussi et parlant : le couple noir est le reflet ou même l’inconscient du blanc. On comprend bien dans cette scénographie qu’Ortrud fait dire à Elsa les réponses interdites à ses questions, et que Telramund est dominé par sa femme.

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©Martin Sigmund

Si le premier acte est dominé par le kitsch, le troisième est carrément surréaliste, digne de Salvador Dali, avec des cygnes en plastique qui tournent comme dans un manège et également le couple Elsa et Lohengrin dînant dans un grand disque de strass…

En définitive, on regrette le manque de cohérence de la mise en scène entre les actes, alors que la musique de Wagner est cyclique, avec notamment le retour des thèmes du premier acte dans le dernier.

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©Martin Sigmund

La musique

Une question se pose : Lohengrin peut-il être interprété avec éclat par un Orchestre de musique de chambre ?? oui, surtout quand il est joué par le Mahler Chamber Orchestra, un des meilleurs orchestre de musique de chambre. La cheffe allemande Joana Mallwitz privilégie dans sa direction la clarté et aussi une sorte de démystification. L’ouverture sonne d’une légèreté aérienne, presque éthérée, alors que les somptueux tableaux choraux déploient une profondeur sonore magnifique, peut-être trop forte par moments (vu le nombreux de choristes). On remarque tout au long de l’œuvre les qualités soyeuses de l’orchestre, avec surtout les délicates nuances des violons. Très active et attentive, Joana Mallwitz apporte une énergie communicative à tous les ensembles. On souligne également la formidable prestation, tant scénique que vocale, des forces réunies du Chœur Philharmonique tchèque de Brno et du Philharmonia Chor de Vienne.

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©Martin Sigmund

Le plateau vocal 

La palme revient incontestablement au ténor polonais Piotr Beczała. Rossini disait qu’il fallait trois qualités à un chanteur : « la voix, la voix et encore la voix ». Et là, Beczała possède ces qualités à l’état pur. Sa voix est magnifique, d’un éclat d’argent, enveloppé de velours, ses contre-uts exceptionnels…Son récit du Graal « in fernem Land… » au troisième acte est une pure merveille, touchant le cœur par la fluidité de son legato. On est subjugué par son aigu intense, mais toujours lumineux, la clarté de son timbre ; sa diction irréprochable (on comprend tous les mots) ses capacités à la douceur (il murmure presque dans l’air du Graal. Toutes ces qualités font de lui un Lohengrin d’exception, hormis Klaus Florian Vogt qui reste, à mon avis, le meilleur Lohengrin (helden Tenor) à ce jour.

A ses côtés, Rachel Willis-Sorensen, par son allure évoquant presque une Wakyrie, campe néanmoins une Elsa qui semble manquer de conviction et peine à trouver sa place dans le kitsch de la mise en scène. Elle tient bien son air « Einsam in Trüben ».Son air est puissant, mais légèrement métallique, et dans ses aigus allégés, une discrète instabilité tend à se faire entendre.

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©Martin Sigmund

Le Telramund du baryton Wolfgang Koch souffre d’un caractère étouffé, ne lui permettant pas une expression entière à la hauteur du rôle, mais au fil de l’œuvre, l’échauffement des cordes vocales lui donne au 2e acte une meilleure expression de la voix. Toutefois, il impressionne par son interprétation d’une richesse théâtrale, une diction exemplaire.

L’interprétation d’Ortrud par Tanja Ariane Baumgartner a offert une perspective plus mitigée. Pendant les deux premiers actes, sa voix d’une grande noirceur se révèle plutôt efficace. Mais au troisième acte, les signes de fatigue commencent à se faire entendre. Là où le rôle exige un impact fort et une intensification dramatique finale, sa voix manque cruellement de réserves. Son entrée finale n’a pas atteint l’impact escompté. Si son phrasé demeure assez bien maîtrisé, en revanche il a manqué manifestement d’ampleur et d’énergie dans le funeste dénouement d’Ortrud.

En roi Henri l’Oiseleur (Heinrich der Vogler) on retrouve un grand habitué du rôle, Kwangchul Youn, toujours aussi noble et puissant scéniquement, mais dont l’aigu est désormais entaché d’un notable vibrato.

Le plus court rôle de Lohengrin, le Héraut est confié à Samuel Hasselhorn. les talents de diseur de cet excellent chanteur de Lieder font merveille. Sa voix d’une puissance, d’une présence et d’une force expressive étonnantes a immédiatement captivé l’attention…. On aurait voulu l’entendre plus longuement.

On peut sincèrement considérer cette soirée comme une réussite, malgré une faiblesse dramaturgique.

Le public a chaleureusement applaudi cette nouvelle production, après plus de quatre heures et demie de présentation.

Pour le prochain festival de Pâques 2027, c’est à nouveau le Mahler Chamber Orchestra toujours sous la baguette de Joana Mallwitz, qui officiera pour un nouveau Fidelio de Beethoven, dans la mise en scène de Krzystof Warlikowski.

Marie-Thérèse Werling
Mardi 31 mars 2026

Direction musicale : Joana Mallwitz
Mise en scène : Johannes Erath
Décors : Herbert Murauer
Costumes : Gesine Völlm
Lumières : Joachim Klein
Vidéo : Bibi Abel

Distribution :

Lohengrin : Piotr Beczała
Heinrich der Vogler : Kwangchul Youn
Elsa von Brabant : Rachel Willis-Sørensen
Friedrich von Telramund : Wolfgang Koch
Ortrud : Tanja Ariane Baumgartner
Der Heerufer des Königs : Samuel Hasselhorn

Tschechischer Philharmonischer Chor Brünn
Philharmonia Chor WienMahler Chamber Orchestra

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