FESTIVAL DE PÂQUES A BADEN-BADEN : Le génie de Bruckner et la direction de Klaus MÄKELÄ à la tête du Royal Concertgebouw Orchestra dans la 8e symphonie ou….90 minutes de pur bonheur !!!

FESTIVAL DE PÂQUES A BADEN-BADEN : Le génie de Bruckner et la direction de Klaus MÄKELÄ à la tête du Royal Concertgebouw Orchestra dans la 8e symphonie ou….90 minutes de pur bonheur !!!

jeudi 2 avril 2026

©Michael Gregonowits

Il y a des soirs où l’on se contente d’écouter une œuvre. Et puis il y a ceux où l’œuvre transcende sa simple exécution pour atteindre une présence intense. C’est ce que Klaus Mäkelä, à la tête du Royal Concertgebouw d’Amsterdam nous a livré le 2 avril 2026, au Festspielhaus de Baden-Baden, en interprétant la 8e Symphonie d’Anton Bruckner, dans une exécution chantante et extatique, des ténèbres vers la lumière, étrangement apaisante, comme le voulait le compositeur lui-même.

L’exécution dure généralement entre 75 et 85 minutes, faisant de cette symphonie la plus longues de Bruckner. Sergiu Celibidache étirait les tempos jusqu’à atteindre les 100 minutes, Mäkelä opte lui ce soir pour un temps élargi à 90 minutes.

L’ensemble orchestral est porteur d’une force considérable : point d’ornement, point de geste programmatique introductif, tout est poli, rond et homogène. Dès les premières notes, Mäkelä a dépouillé la symphonie de toute rigidité de marbre.

Dès l’entame de l’Allegro moderato du premier mouvement, le ton est donné : place au lyrisme et au beau son. Les gestes du chef remontaient des profondeurs comme de timides frémissements. Mäkelä a bouleversé la définition du fortissimo, tout en élargissant celle du pianissimo, point de chavirement, mais de nobles ondulations, en particulier dans le dialogue enchanteur entre le cor et le hautbois, ces phrases amples et d’une beauté irréprochable..

Le Scherzo, ici est massif, terrifiant, plein d’énergie. Si Mäkelä martèle du pied les moments d’éclats, il accompagne cependant la musique plus qu’il ne l’impulse, et chaque phrase lyrique est accentuée de grands et larges mouvements. Dans le trio, avec ses cordes en pizzicato, ses cuivres aux sonorités lointaines et la harpe, un espace hors du temps, presque lointain et irréel s’est produit.

Puis vint l’Adagio, indiqué « lent et solennel, mais sans traîner » Bruckner disait que le thème a été trouvé dans « l’œil d’une jeune fille ».

Dans son exécution, Mäkelä a atteint 30 minutes pour ce mouvement, tout en lenteur et inspiration. Ce mouvement n’est pas simplement beau, ni émouvant, ni grandiose, il est profond, nous touchant au plus intime de l’âme, sans pathétique artificiel, de climax forcé, ou d’excès de sentimentalisme. Tout émanait du cœur même du mouvement.

Les lignes de cordes possèdent une délicatesse inaltérable, ne se contentant pas de chanter. Les cors et les tubas wagnériens, ces instruments si facilement pesants ou étouffés, ont eu ici une dignité chaleureuse, solennelle, presque de bronze. Rien ne sonnait terne, rien n’était fade.

Cet Adagio interprété ce soir est d’une grande beauté, préfigurant les visions mahlériennes… La fin de cette phrase fut alors marquée par un silence, presque une méditation.

Le finale, tant attendu, qui couronne avec éclat cette gigantesque partition ne nous a pas déçus. Mäkelä poussait l’orchestre dans ses retranchements, lançant son armée de musiciens, presqu’à la limite de l’excès. Les tempi sont captivants, les grands crescendos naturels. Là encore, le Royal Concertgebouw a fait preuve d’une classe exceptionnelle. Les cuivres ont déployé une puissance sans aucune dureté, les cordes ont répondu par une belle virtuosité. Et lorsque le finale s’est déployé dans toute son énergie rayonnante, il n’a pas semblé être un triomphe pour le triomphe, mais plutôt une libération après une longue lutte.

L’instant qui suivit le dernier accord parlait de lui-même : d’abord, une timide et courte acclamation, quelques applaudissements, puis un silence soudain où les applaudissements ont attendu, car la musique n’avait pas encore tout à fait quitté la salle. Et ce n’est qu’alors que les véritables applaudissements ont résonné. Personnellement, je pense que cette hésitation en disait plus long sur la grandeur de cette soirée que bien des bravos enthousiastes.

Marie-Thérèse Werling
2 avril 2026

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