ARSENAL DE METZ : Une « NORMA » hors normes

ARSENAL DE METZ : Une « NORMA » hors normes

dimanche 8 mars 2026

© Philippe Gisselbrecht – Opéra-Théâtre de l’Eurométropole de Metz

La vaste et magnifique salle de l’Arsenal de Metz, a accueilli pour deux représentations une « NORMA » exceptionnelle, spécialement mise en place par Paul-Emile Fourny, directeur de l’Opéra-Théâtre de Metz qui est actuellement fermé pour travaux de rénovation.

Le pari était très risqué car la salle symphonique est impardonnable pour les voix Plutôt qu’une version concertante, c’est une mise en espace qui nous a été proposée. Ce fut, pour ma part et au vu des applaudissements à la fin du spectacle, un triomphe et une réussite dont beaucoup de salles d’opéras, avec des mises en scènes peu inventives, voire scandaleuses, des directions d’acteurs inexistantes, pourraient s’ inspirer…

Les prestations musicale et vocale étaient d’un très haut niveau, laissant régner dans la salle, une atmosphère particulière. L’idée de la version semi-scénique était réjouissante car elle a permis d’assister à un spectacle élégant, parfaitement lisible, idéale pour capter l’attention des spectateurs.

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© Philippe Gisselbrecht – Opéra-Théâtre de l’Eurométropole de Metz

Face au « paradis » de la salle de l’Arsenal (nom donné aux gradins situés au fond derrière l’orchestre), Paul-Émile Fourny a su apprivoiser cette grande paroi verticale, telle une tribune permettant aux artistes de chanter derrière l’orchestre.

Il a ainsi compensé l’absence de décors par un magnifique habillage en « mapping » réalisé par le vidéaste Julien Soulier. Ces projections ont habilement habillé les murs de l’Arsenal : un sous-bois au clair de lune pendant le fameux « Casta diva », des tapisseries aux motifs s’inspirant de l’Antiquité gauloise et au final, un bûcher impressionnant.

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Les somptueux costumes dessinés par Giovanna Fiorentini participent également à l’élégance et à la lisibilité du spectacle. La couleur blanche est celle des Gaulois opprimés tandis que le rouge est celle des occupants romains. La tunique grise dessine une silhouette mince et élancée à Adalgisa tandis que le lourd manteau fourré couvrant les épaules de Norma pour la cueillette du gui est du plus bel effet. Cependant la robe et la chevelure de feu donnent à Norma un air de Médée, particulièrement dans la scène où elle tente de tuer ses enfants.

Paul-Emile Fourny a réussi à placer judicieusement solistes et choristes de façon à plonger les spectateurs au cœur du drame, magnifiant les scènes principales de l’opéra de Bellini. On perçoit parfois l’ombre de Verdi et de Nabucco….

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© Philippe Gisselbrecht – Opéra-Théâtre de l’Eurométropole de Metz

Autre point positif de cette mise en espace. Les accessoires réduits au minimum afin de préserver le côté grandiose du drame antique : un drap déplié par terre pour évoquant la couche des enfants de Norma et un simple poignard brandi sur leurs têtes.

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© Philippe Gisselbrecht – Opéra-Théâtre de l’Eurométropole de Metz

Sublimé par l’acoustique de la salle de l’Arsenal, l’Orchestre National de Metz Grand Est sonne idéalement, mettant en valeur la musique de la plus magnifique et monumentale des compositions de Vincenzo Bellini. Dès les premiers accords de l’ouverture, les musiciens nous offrent une nappe scintillante et vibrante, sous la direction très inspirée du chef Nir Kabaretti qui a su sublimer cette partition bellinienne. Il est toujours attentif à produire du beau son et sa préoccupation principale est la mise en valeur des voix.

Les Chœurs de l’Opéra Théâtre de l’Eurométropole de Metz, préparés par Nathalie Marmeuse sont d’un très haut niveau dans leurs rôles de druides, prêtresses, peuple gaulois. Une mention spéciale surtout aux chœurs masculins dont les accents virils doivent beaucoup aux talents individuels de chacun des choristes. Pourtant leur déplacement ne facilite pas leur travail. Derrière : « le paradis » les dégagements sont étroits, les escaliers raides.

A l’honneur de cette distribution : « la magie de la voix »

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© Philippe Gisselbrecht – Opéra-Théâtre de l’Eurométropole de Metz

Nicolas Cavallier, campe un Oroveso très crédible qui réussit à faire dans la voix du chef gaulois fanatique une faille qui le rend plus humain, surtout dans la scène du pardon final. C’est dans l’air du second acte « Ah del Tebro » qu’il se révèle sous son meilleur jour. Sa diction en italien est impeccable, et l’aria se termine sur du velours.

Daegwen Choi est un parfait Flavio.

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© Philippe Gisselbrecht – Opéra-Théâtre de l’Eurométropole de Metz

Na’ama Goldman incarne une Adalgisa très moderne, loin de certaines productions. Les cheveux courts, coiffée à la garçonne, (un petit air de Pietragalla) vêtue d’une élégante tunique grise. Elle donne un grande profondeur au personnage, avec des couleurs chaudes et moirée. Dans le duo d’amour « Va, crudele », l’assurance de son timbre lui permet de rivaliser face à Pollione tandis que le duo avec Norma, au deuxième acte, la révèle plus fragile. Tout est beau, paraît simple, et est également sublimé par son jeu d’actrice. Elle sait être à la fois poignante, désespérée, amoureuse.

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© Philippe Gisselbrecht – Opéra-Théâtre de l’Eurométropole de Metz

Nikolai Schukoff, quant à lui n’a pas chanté le rôle de Pollione depuis une quinzaine d’années. Il incarne, à Metz, Pollione ce légionnaire romain, viril et lâche à la fois, avec une voix large et puissante, un engagement dramatique et un jeu d’acteur bluffant… Certes, dans sa cavatine « Meco all’altar di Venere », il manque un peu de force dans les notes suraiguës, mais il livre un Pollione proche de l’idéal, amant fiévreux, délivrant à la scène finale des accents délicats et sublimes.

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© Philippe Gisselbrecht – Opéra-Théâtre de l’Eurométropole de Metz

Grande triomphatrice de la soirée, Claudia Pavone interprète une Norma exceptionnelle, avec une aisance confondante. Sans la comparer à Maria Callas, elle dispose d’une technique belcantiste solide et somptueuse, mais elle est également dotée d’un sens du théâtre qui la rend plus que vivante dans le rôle de la druidesse trahie et trompée. Vocalement, elle possède les aigus d’une sublime Violetta, d’une magnifique Gilda.

Claudia Pavone possède un engagement dramatique d’une absolue intensité, que ce soit son « Casta Diva » proche de la perfection, ou dans la scène où Norma est tentée d’assassiner ses enfants.

Cet après-midi à l’Arsenal de Metz, nous avons assisté à un moment immense de perfection, où chacun des artistes a donné le meilleur de lui-même.

La « standing ovation » spontanée a salué la qualité du spectacle et l’engagement des artistes. Nous ne sommes pas prêts d’oublier cette NORMA d’anthologie.

Marie-Thérèse Werling
8 mars 2026

Direction musicale : Nir Kabaretti
Mise en scène :  Paul-Émile Fourny
Costumes :  Giovanna Fiorentini
Lumières :  Patrick Méeüs
Vidéo :  Julien Soulier
Cheffe de chant :  Bertille Monsellier

Norma : Claudia Pavone
Adalgisa : Na’ama Goldman
Pollione : Nikolai Schukoff
Oroveso : Nicolas Cavallier
Flavio : Daegwen Choi
Clotilde : Céline Dumas

 

Chœur de l’Opéra-Théâtre de l’Eurométropole de Metz
Orchestre national de Metz Grand Est

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