Quelles sont les raisons qui ont déterminé votre entrée dans la carrière de comédienne et de chanteuse ?
C’est assez étrange parce que je n’ai pas grandi dans une famille et un lieu où le spectacle vivant était présent. Pour autant, je me souviens de mon premier gala de danse : J’avais 4 ans, et je peux dire que, dès ces premiers pas sur scène, j’ai su que je ne voulais plus la quitter. Puis les rencontres, notamment celle d’une de mes professeurs de danse, Carole Massoutié, quand j’étais adolescente, m’a fait réaliser que « danseuse » pouvait aussi être un métier. Le chant et le théâtre sont venus plus tard, pour assouvir une curiosité et des rêves refoulés. Mon arrivée à Paris m’a permise de m’y plonger grâce à diverses formations et petit à petit de réaliser ces autres rêves.
Depuis l’enfance aviez-vous imaginé cette vocation ou, au contraire, envisagiez-vous un autre avenir ?
Je n’ai, du coup, jamais imaginé autre chose… vraiment non ! Peut-être à un moment donné d’être cavalière parce que je montais à cheval et j’adorais ça. Je me suis inscrite une année en fac de philo. Mais la danse a toujours repris le dessus.
Il y a quelques années, j’ai obtenu un diplôme de médiatrice animale et je garde ceci dit en rêve de pouvoir exercer un jour cette profession en plus de mon métier de comédienne.

Quelle a été votre formation en matière de théâtre, de chant, de danse ?
Ma première professeur s’appelait Annie Portale. Elle m’a accompagnée toute mon enfance. J’ai ensuite connu la merveilleuse Nicole Hospital. Adolescente j’étais en danse étude chez Carole Massoutié dans mon Aveyron natal. J’ai intégré l’école Amantica à Toulouse. Puis le ballet junior de David Allen à Genève. J’ai eu beaucoup de chance de croiser la route de ces professeurs. Chacun d’eux m’a apporté quelque chose de précieux dans ma construction. En arrivant à Paris, j’étais danseuse professionnelle mais je me suis formée à côté de mes contrats à l’Aicom, école de comédie musicale, puis aux Cours Florent dans la classe de Maxime Franzetti qui m’a tant apporté. J’ai aussi eu la chance d’intégrer la classe de chant de Danièle Dinant au conservatoire d’Asnières. Daniele a bouleversé mon parcours par son enseignement et sa bienveillance.

Aviez vous, dans votre enfance, déjà assisté à une pièce de théâtre, une opérette ou à une comédie musicale qui vous avez marquée et, si oui, lesquelles, en quels lieux et avec quels interprètes ?
Enfant, je n’ai pas eu la chance d’aller au théâtre, non. C’est ce qui est assez étonnant dans mon désir d’être sur scène dès mon plus jeune âge. Mais je me souviens avoir dévoré des cassettes VHS de ballets classiques, notamment la version de Giselle dansée par l’étoile Alessandra Ferri, que je regardais en boucle (une œuvre que j’ai d’ailleurs eu la chance de danser plus tard dans le corps de ballet).
Je crois que ce qui me fascinait déjà dans ce ballet et cette interprétation, c’était la liberté qui se proposait à la danseuse, notamment dans la « scène de la folie ». Au milieu de cette chorégraphie incroyable et si exigeante, elle jouait cette scène les cheveux détachés, sur demi-pointes. Un vrai travail de comédienne en plus de celui de la danseuse. Et c’est peut-être grâce à ce ballet, et sans m’en rendre compte, que j’ai commencé à aimer le « mélange des arts ».
Chanter les quelques Disney qui accompagnaient mon adolescence m’ont donné l’envie secrète d’être chanteuse.
Le cinéma me passionnait aussi. J’avais créé ma vidéothèque à la maison et en prenais tellement soin !
Et puis, dans mon parcours, c’est l’opérette qui m’a donné l’élan de me lancer dans le musical. J’étais danseuse dans le ballet du festival d’Aix-les-Bains. Pierre Sybil et Fabrice Lelièvre m’ont donné ma chance dans les rôles de fantaisistes. Mon premier était Lorette dans La Route fleurie de Francis Lopez : Une expérience qui m’avait bouleversée. J’ai tant appris auprès d’eux et de tous ces artistes d’opérettes incroyables !
Avez-vous eu une rencontre déterminante qui a entraîné votre vocation ?
Oui plusieurs. Quand on retrace son parcours c’est émouvant de se rappeler les personnes qui nous ont tenu la main pour avancer dans cette jungle artistique. Je parlais de Pierre Sybil et Fabrice Lelièvre, de Carole Massoutié donc, mais je pense aussi à Alexis Michalik, à Jean-Pierre Bouvier, à Misook Seo, à Jean-Charles Mouveaux, Johanna Boyé, Pamela Ravassard, Pascal Faber, Maxime Franzetti, Stéphane Corbin… et d’autres encore. Des gens qui ont changé ma vie d’une façon ou d’une autre.
Quel a été votre premier rôle ? Où et quand ?
Après mon parcours de danseuse classique, j’ai joué dans un spectacle pour enfant Le Livre de la jungle. C’était la première fois que je chantais et jouais sur scène. J’y interprétais Mowgli. Il y avait quelque chose d’étrange pour moi de jouer un petit garçon après avoir, pendant tant d’années, enfilé des tutus, fait des chignons, mis des fleurs dans mes cheveux ! Le « gap » était immense à se bander les seins, se salir de fausse terre, à marcher comme un petit gars des bois. Et je me souviens avoir déjà tant aimé cette première recherche, cette première composition de personnage. Le virus du théâtre était confirmé.

Quelles sont les principales étapes déterminantes de votre carrière ?
Chaque projet, chaque « oui », chaque « non » ont été déterminants. Tout structure le chemin que l’on parcourt. Aujourd’hui je suis donc devenue plus résiliente dans ce que ce parcours me propose. Mais il est évident de constater que les rencontres humaines en sont les piliers. À chaque fois qu’on est choisis pour un rôle, c’est pour les artistes que nous sommes une occasion de franchir de nouvelles et exaltantes étapes. J’ai aimé chacun de mes rôles. Ils m’ont tous fait grandir.

Je pense au Porteur d’histoire d’Alexis Michalik, à Suzanne dans Juste la fin du monde de Jean Luc-Lagarce, à Rumpelteazer dans Cats d’Andrew Lloyd Webber au théâtre Mogador, à Marianne dans Les Caprices de Marianne de Musset, à la Môme Crevette dans La Dame de chez Maxim de Feydeau mis en cène par Johanna Boye1 à Julie Linard dans Je ne cours pas je vole2 de Elodie Menant, Courgette de Gilles Paris (mis en scène par Pamela Ravassard) qui m’a offert l’improbable et merveilleux cadeau du Molière la comédienne.

Je pense à Jean-Pierre Bouvier cet immense acteur3 avec lequel j’ai eu la chance de partager la scène dans une pièce en duo : Maupassant Inside de Gérard Savoisier : une rencontre qui m’a transformée… Évidemment, je sais déjà que jouer Roxie dans Chicago en ce moment marque et marquera à jamais ma vie. C’est un rôle extraordinaire que j’ai tant de chance de défendre.
Tant de belles rencontres humaines donc et avec des rôles qui m’ont permis de me construire.

Opérettes et comédies musicales. Comment se répartissent dans votre carrière ces deux disciplines ?
Pendant des années, j’ai eu la chance de sauter de l’un à l’autre. L’opérette est pour moi le berceau de la comédie musicale. Je travaille dans l’un comme dans l’autre de la même manière. Aujourd’hui, je joue moins dans des opérettes mais je sais que je suis pleine de tout ce que j’y ai appris et vécu.
Outre Cats j’ai eu le bonheur de jouer dans une vingtaine de comédies musicales parmi lesquelles : Grease, Hello Dolly !, Les Misérables, Peter Pan, Un violon sur le toit, Mamma Mia! Cabaret … mais la liste n’est pas exhaustive !
Votre meilleur souvenir artistique ?
J’en ai beaucoup trop… Il y en aurait tant à dire !

Quelle est votre actualité ?
Je joue donc actuellement le rôle de Roxie Hart dans Chicago au Casino de Paris. Et je savoure en outre chaque jour le plus beau rôle de ma vie : celui d’être la maman de ma petite Charlie.
Quels sont vos projets ?
Je jouerai dans la création d’Aliocha Itovitch au prochain festival d’Avignon, Dans l’ombre de George Donn. Un magnifique hommage à ce danseur révolutionnaire. Ce projet me tient vraiment à cœur.
Quels sont les rôles que vous n’avez pas encore abordés et que vous souhaiteriez interpréter ?
Je n’ai pas forcément le rêve de jouer un rôle en particulier. Je ne vous cache pas, ceci dit, que jouer Roxie dans Chicago en était un, et je le savoure chaque soir. Mais j’aime surtout l’idée de travailler avec des gens talentueux, bienveillants, créatifs. Le théâtre est pour moi, avant tout, une aventure humaine qui nous invite à faire également grandir les personnes que nous sommes.

Qu’est-ce qui continue à vous émouvoir, à vous bouleverser, quand vous jouez ou vous chantez ?
Plus je joue, plus j’essaie de m’expliquer à moi-même ce besoin et ce bonheur que j’en retire. Et je crois que j’aime énormément l’abandon que nous offre un plateau. Cet abandon de soi, cet abandon à une histoire, à un personnage. J’aime me costumer, me transformer, voyager d’une époque à une autre selon les projets. C’est quelque chose de très jouissif pour moi.
Quels sont vos rêves ?
De continuer à grandir sur le plateau, de connaître davantage la caméra, de voyager et de continuer à accompagner et voir grandir mon petit bout de fille que j’aime tant. Je rêve aussi d’avoir un chien, mais pour cela, il faut que je « deale » d’abord avec mon chat (rires)
Propos recueillis par Christian Jarniat
1Pour La Dame de chez Maxim Vanessa Caihol a obtenu le Molière de la révélation féminine
2Pour Je cours pas je vole Vanessa Caihol a également obtenu le Molière de la révélation féminine
3Jean-Pierre Bouvier l’un de nos comédiens les plus prolifiques : une cinquantaine de pièces de théâtre, autant de films, une vingtaine de mises en scène










