On était désolé : deux jours avant Orphée et Eurydice de Gluck, un communiqué était tombé à l’Opéra de Monte-Carlo : Cecilia Bartoli, souffrante, ne chanterait pas Orphée. Consternation du public. C’était pour elle qu’il venait. Il avait perdu sa Cecilia comme Orphée avait perdu son Eurydice ! Il choisit pourtant de venir. Et la salle fut comble. En plus d’être comble, elle fut comblée. Car le remplaçant de Cecilia, le contre-ténor Carlo Vistoli, s’avéra magnifique.

Une autre inquiétude rôdait autour de ce spectacle : le chef Gianluca Capuano et les Musiciens du Prince, seraient-ils en forme après avoir affronté, la veille, les quatre heures de La Walkyrie ? La réponse vint dès les premières mesures : ils furent parfaits. Excellence musicale, fraîcheur intacte, énergie étonnante. Debout tout au long de la représentation, ils jouèrent sans faiblir et de manière éblouissante.

Carlo Vistoli, revenons-y, nous tint sous son charme par la pure beauté de la voix, par sa musicalité. Il incarna Orphée dans toutes les expressions de son amour, de sa colère, de son désespoir.
Les deux autres rôles trouvèrent aussi des interprètes à leur mesure. Eurydice était incarnée par Mélissa Petit, valeur affirmée du chant français : timbre velouté, homogénéité rassurante, rondeur du son, belle incarnation de son personnage, passant elle aussi avec aisance de la colère à l’amour. Quant à l’Amour, il fut incaré avec grâce par Madison Nonoa.

Le spectacle baignait dans les projections en trois dimensions du dispositif D-Wok, installé pour La Walkyrie mise en scène par Davide Livermore. Il eût été dommage de s’en priver. Certes, certains effets semblaient parfois s’éloigner du sens ou de la musique. Mais la musique, justement, emporta tout. Et la soirée fut un total régal.
André PEYREGNE
28 janvier 2026
Direction musicale : Gianluca Capuano
Projections : D-Wok
Orfeo : Carlo Vistoli
Euridice : Mélissa Petit
Amore : Madison Nonoa
Il Canto di Orfeo
Les Musiciens du Prince – Monaco
Chef de chœur : Luca Scaccabarozzi





