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Giulio Cesare au Landestheater de Salzbourg

Giulio Cesare au Landestheater de Salzbourg

mercredi 28 janvier 2026

Crédit photographique © LTH

Alors qu’au Festival de Salzbourg de l’été dernier Dmitri Tcherniakov situait l’action du Giulio Cesare in Egitto de Haendel dans un univers de béton, le Landestheater de Salzbourg remet le couvert à quelques mois d’intervalle : les metteurs en scène Chiara Osella et Carlo Massari (COCM Design Studio) déplacent l’action dans un hôtel casino du Las Vegas dans les années 1970. Un panneau lumineux nous l’annonce d’entame : les jeux de pouvoir et les intrigues sordides du Giulio Cesare n’ont plus lieu dans les sables d’Égypte mais dans les sables du Nevada, le Nil et la Méditerranée sont remplacés par les piscines glamoureuses des palaces de la capitale où Mammon et le bling bling ostentatoire et clinquant des vêtements de luxe et des bijoux voyants règnent en maîtres, un monde de gangsters prédateurs qui s’affrontent le browning à la main et s’approprient les femmes qu’ils désirent. Le monde marin se retrouve aussi dans trois aquariums gigantesques aux eaux bulleuses où le corps de César, supposé noyé, flotte parmi les poissons.

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Jules César et l’Égypte sont bien présents à Las Vegas avec deux hôtels célèbres érigés sur le Strip : le Caesars Palace, avec sa statue de César qui vous accueille et l’hôtel Luxor, avec ses obélisques, son sphinx et sa pyramide de plus de cent mètres de hauteur. Las Vegas c’est aussi la capitale du spectacle à l’américaine, Elvis Presley y triompha dans les années 1970. Pour le grand finale, Chiara Osella et Carlo Massari n’ont pas manqué d’introduire une Wedding Chapel, un de ces endroits où l’on peut se marier dans l’heure. La fin du spectacle nous introduit en absurdie : on voit Cornelia en tenue de mariée flirter un moment avec Tolomeo ressuscité, le meurtrier de son époux qui avait voulu s’emparer d’elle comme une partie d’un butin de guerre.

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La scénographie d’Eleonora De Leo s’inspire de la ville du péché : statue en or de César, parois couvertes de dessins en style hiéroglyphique, palmiers fuschia lumineux, couronnes de lauriers en or, rideaux de lamelles étincelantes, salles de casino bondées où l’on se dispute la place pour actionner le bras des bandits manchots et alimenter la caisse des gangsters, voiture décapotable dorée de César. Les costumes tape à l’œil et frimeurs d’Emilia Zagnoli sont à l’aune des décors, la costumière rend avec talent et humour le vestiaire des stars et des actrices de music-hall. Les costumes, les coiffures et les poses de César et d’Achilla s’inspirent de ceux d’Elvis. Le kaléidoscope multicolore des lumières de Richard Schlager, les vidéos de Tobias Witzgall et les animations par intelligence artificielle de NABA Milan et Rome, tout concourt à souligner l’atmosphère d’extravagance, de divertissement et de splendeur artificielle voulue par le duo de metteurs en scène Carlo Massari et Chiara Osella qui, en déplaçant le temps et le lieu de l’action, ont réussi à donner une dimension humoristique à l’opera seria de Haendel, sans altérer aucunement les puissantes montées émotionnelles et lyriques de l’œuvre.

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Un pari osé et remporté haut la main, et qui a rencontré la faveur du public, dont les sourires amusés se sont mêlés aux larmes arrachées par les arias tragiques et élégiaques des merveilleux chanteurs. Les talents de Carlo Massari, un artiste, chorégraphe et interprète transdisciplinaire (performer) reconnu pour son approche hybride et fusionnelle des arts de la scène, ont rencontré ceux de Chiara Osella, chanteuse d’opéra et metteuse en scène, et l’addition de leurs talents donne un résultat bien supérieur à la simple somme de leurs parties. Leur approche ironique du kitsch glamoureux qui théâtralise le quotidien d’une façon ostentatoire et superficielle rencontre bien l’opulence et l’exagération du baroque. Cet humour n’effrite pas l’intensité émotionnelle de l’œuvre : les personnages mythiques du drame antique sont soumis aux mêmes écartèlements émotionnels que les stars contemporaines. La décapotable de César est en carton renforcé ou en bois léger, comme une de ces voitures que construisaient autrefois les gamins. Son arrivée en scène donne une clé de lecture du propos de la mise en scène. Avec Giulio Cesare in Egitto le duo COCM a fait de brillants débuts salzbourgeois, une grande et joyeuse entrée dans la capitale de l’excellence musicale.

Premier Kapellmeister du Théâtre d’État de Salzbourg depuis la saison 2023/24, le jeune chef d’orchestre Carlo Benedetto Cimento est un passionné du travail avec les chanteurs, son premier parcours professionnel fut celui d’un coach pour le chant italien qui fut aussi répétiteur soliste, ce qui se perçoit bien dans sa direction des chanteurs. Il dirige avec une engagement corporel total tout en fredonnant constamment les paroles de la partition. Les mimiques du visage, le doigté, les élégants mouvements des mains, les invitations du regard, le corps qui danse la musique dont il semble habité, tout montre un chef en immersion totale dans la partition dont il déploie les beautés avec une sensibilité bouleversante. L’Orchestre du Mozarteum de Salzbourg et le Chœur du Théâtre d’État de Salzbourg livrent une prestation remarquable. Un ensemble d’instrumentistes renommés, dont le corniste soliste Rov van de Laar qui donne un “Va tacito e nascosto” exceptionnel. Le quatuor de cornistes est par ailleurs mis à l’honneur dans les loges d’avant-scène. Une scène rassemble également huit musiciens présents sur le plateau, un moment d’une grande poésie scénique et lyrique.

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Seul contreténor de la production, le Polonais Rafał Tomkiewiecz. finaliste du Concours Cesti d’Inssbruck 2018, fait des débuts salzbourgeois remarqués dans le rôle titre, avec une finesse d’interprétation et une sensibilité impressionnantes. Son ”Se in fiorito ameno prato”, est particulièrement élégant. Sa diction italienne est irréprochable, il excelle dans les vocalises, magnifiquement maîtrisées, notamment dans “Presti omai l’Egizia terra” ou dans “Empio, diró tu sei”.

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La chanteuse carinthienne Nicole Lubinger offre une Cléopâtre au soprano lumineux avec une composition très contemporaine du personnage. Américaine d’origine brésilienne, Melissa Zgouridi subjugue par la puissance de sa présence scénique en Cornelia, qu’elle pare de la chaleur veloutée de son mezzo-soprano puissant, doté de graves émouvants.

Le rôle travesti de Sesto Pompeo est tenu par la mezzo-soprano écossaise Katie Coventry qui compose un personnage adolescent qui peine à assumer la vengeance de son père, un rôle en pantalon bien interprété.

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La mezzosoprano Valeria Girardello prête sa voix dotée de belles profondeurs et son timbre de bronze à l’ignoble Tolomeo. Le baryton ukrainien Vevheniy Kapitula donne un Achilla de belle venue.

À l’entracte un quatuor à cordes divertit le public resté en salle de quelques morceaux de musique des années 1970, dont le “New York New York” de Frank Sinatra, un agréable complément bien dans la ligne du temps revisitée de l’action. 

Luc-Henri ROGER

Distribution du 28 janvier 2026

Direction musicale Carlo Benedetto Cimento
Mise en scène, concept, chorégraphie Chiara Osella et Carlo Massari
Scénographie Eleonora De Leo
Costumes Emilia Zagnoli
Conception vidéo Tobias Witzgall
NABA : Milan et Rome (animations IA)

Giulio Cesare Rafał Tomkiewicz
Cornelia Melissa Zgouridi
Sesto Pompeo Katie Coventry
Curio Daniele Macciantelli
Cleopatra Nicole Lubinger
Tolomeo Valeria Girardello
Achilla Yevheniy Kapitula
Nireno Vania Hristova / Beth Jones / Kayo Nakai

Orchestre Mozarteum de Salzbourg
Chœur du Théâtre d’État de Salzbourg

Cor solo Rob van de Laar
Continuo Juliane Sophie Ritzmann / Marco Baronchelli / Claudia Cecchinato

Crédit photographique @ LTH

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