Sous un même titre deux œuvres différentes
Avant d’aborder la représentation marseillaise proprement dite, rappelons une confusion très fréquente qui entoure Violettes Impériales : Sous un même titre et une trame narrative quasiment similaire (une marchande de fleurs, une ascension vers des destinées impériales et une romance contrariée), les deux œuvres n’ont ni la même écriture ni le même style musical. L’opérette de Vincent Scotto, créée en 1948 au Théâtre Mogador, avec Marcel Merkes et Lina Walls (et non Paulette Merval comme on le croit fréquemment par erreur) s’inscrit dans la grande tradition de l’opérette à grand spectacle avec le sens inné de la mélodie chantante de Vincent Scotto et ce mélange de tendresse et de fantaisie qui le caractérise.

Le film de 1952, avec Luis Mariano et Carmen Sevilla mis en musique par Francis Lopez, propose une écriture différente de la partition : la musique relève pleinement de l’univers flamboyant de Lopez, fondé sur de vastes élans mélodiques, un lyrisme spécifique au compositeur de La Belle de Cadix et Andalousie.
Il est donc essentiel de souligner que, sous une appellation identique, Violettes Impériales existe en deux versions musicalement autonomes, répondant à des esthétiques, des styles, des vocalités et des intentions profondément différentes.

Une romance sentimentale habilement servie par une efficace mise en scène
Fidèle à l’esprit de Scotto, la représentation donnée à l’Odéon de Marseille les 17 et 18 janvier 2026 mêle charme et nostalgie immédiatement communicatifs dans un récit sentimental où la romance amoureuse se déploie dans une atmosphère à la fois légère et délicatement mélancolique où le sourire n’empêche jamais l’émotion
La mise en scène de Carole Clin allie rythme et lisibilité. Les décors simples et efficaces en forme de panneaux simulant des murs de maison surmontés d’un toit de tuiles et les costumes colorés contribuent efficacement à recréer cet univers d’élégance surannée, indispensable pour que la magie de l’ouvrage opère pleinement.

La réussite tient aussi à une qualité essentielle : ne jamais confondre opérette et caricature. Ici, l’humour procède d’un art du décalage, d’un sens des situations et d’une direction d’acteurs qui assume la tradition sans la figer.
La chorégraphie de Maud Boissière apporte en outre une énergie indispensable : qui dynamise les transitions, et contribue à donner à l’ouvrage son éclat de “grand spectacle” sans noyer les chanteurs sous le mouvement.
Une distribution nantie de l’esprit de troupe dans la tradition de l’opérette française
L’un des plaisirs de ces représentations tient à l’évidence d’une distribution pensée comme une troupe, dans la tradition de l’opérette française où chaque rôle – même secondaire – se distingue par la spontanéité du jeu et l’adéquation du style qui priment tout autant que la qualité purement vocale.

Amandine Ammirati (Violetta) – qui poursuit une carrière dans l’opéra – conjugue la clarté, jeunesse et naturel de jeu qui rend crédible l’évolution du personnage (de la fleuriste amoureuse à la figure que le destin “déplace” vers l’Histoire). La voix, claire et souple, se déploie avec une aisance naturelle dans les pages les plus lyriques de la partition.

Face à elle, Frédéric Cornille (Don Juan) apporte l’élan et l’allure : une présence immédiate, et ce qu’il faut de style pour que le héros reste humain – une émission franche et lumineuse, idéale pour ce répertoire où le chant s’épanouit dans les grands élans mélodiques. Son élégance vocale et sa présence scénique confèrent au personnage un charme authentique, évitant toute tentation de surjeu ou d’emphase.
Perrine Cabassud (Eugénie) réussit l’équilibre délicat du personnage : grandeur sans raideur, écoute de l’autre, et une autorité qui ne contredit jamais l’émotion.

Julie Morgane incarne Séraphine avec le nerf et le relief indispensable au personnage tout comme Fabrice Todaro en Estampillo. Tous deux possèdent à merveille ce sens inné du théâtre qui met du sel dans les scènes comiques avec une aisance scénique précieuse dans ce répertoire.

Autour de ce quintette , tous les rôles sont tenus avec une homogénéité réjouissante Laura Tardino (Rosette), Jean Goltier (Loquito), Dominique Desmons (Picadouros) Élisabeth Aubert (Madame d’Ascaniz), Christine Tumbarello (1ère dame / Mère d’Eugénie), Jean-Claude Calon (Macard). Chacun contribue à la vivacité de l’ouvrage avec un engagement évident. On y retrouve cette capacité à installer une atmosphère et à soutenir le rythme de l’action, si indispensables à la réussite d’une opérette.

Le public marseillais ne s’y trompe pas : l’accueil chaleureux réservé au spectacle témoigne de l’attachement toujours vif à ce patrimoine lyrique populaire. Violettes Impériales conserve ce pouvoir rare de rassembler toutes les générations autour d’un théâtre musical joyeux élégant, accessible, profondément français dans son esprit et dans sa sensibilité. Un vrai moment de plaisir dans ce temple marseillais voué à l’opérette.
Christian JARNIAT
18 janvier 2026
* A noter que le duo dans le cabaret du Pou qui tête « Serafina » est ici remplacé par celui des « Deux pigeons » extrait des Amants de Venise (également de Vincent Scotto)
Direction musicale : Didier Benetti
Mise en scène : Carole Clin
Chorégraphie : Maud Boissière
Création lumières : Françoise Michel
Décors : Laurent Martinel
Costumes : TLA Production
Distribution :
Violetta : Amandine Ammirati
Don Juan : Frédéric Cornille
Séraphine : Julie Morgane
Eugénie : Perrine Cabassud
Picadouros : Dominique Desmons
Estampillo : Fabrice Todaro
Loquito : Jean Goltier
Rosette : Laura Tardino
Madame d’Ascaniz : Élisabeth Aubert
1ère dame / Mère d’Eugénie : Christine Tumbarello
Macard : Jean-Claude Calon
2e gentilhomme / Le Nordique : Cédric Brignone
L’Officier / Le Slave : Jean-Michel Muscat
Orchestre et Chœur de l’Opéra de Marseille










