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OPÉRA DE LIMOGES (MAD ET TOURNÉE) / BEST OFFENBACH / CHŒUR DE L’OPÉRA DE LIMOGES

OPÉRA DE LIMOGES (MAD ET TOURNÉE) / BEST OFFENBACH / CHŒUR DE L’OPÉRA DE LIMOGES

samedi 17 janvier 2026

©Steve Barek

La raison programmatique de ce spectacle de fin d’année était à la fois de faire entendre la musique d’Offenbach pour laquelle le public a une appétence particulière et de mettre en avant l’excellence du chœur de l’Opéra de Limoges, qui peut parfois manquer de visibilité dans le lyrique. Les nombreuses pages avaient d’ailleurs souvent été chantées lors de représentations récentes qui ont fait date dans la maison. Les extraits même rares du Voyage dans la lune ou de la Vie parisienne n’avaient donc pas de secrets pour le public venu nombreux applaudir un chœur avec lequel se sont tissés des liens, Arlinda Roux Majollari, sa cheffe, animant à l’Opéra sur l’ensemble de la saison un très couru « Midi en chœur ». Le spectacle a été donné non seulement à la MAD (« Maison des Arts et de la Danse », seconde salle de l’Opéra en périphérie), mais aussi dans deux communes de la Métropole et à Saint-Yrieix (Haute-Vienne) ; partout la représentation a fait salle comble.

Best Offenbach © Steve Barek 2 1
©Steve Barek

Arlinda Roux Majollari a conçu une véritable dramaturgie autour d’une visite d’étrangers dans le Paris festif de l’Offenbachiade. La Vie parisienne, récurrente dans les extraits, est l’ouvrage le plus adapté pour marquer les étapes des découvertes les plus diverses, voire insolites, qui vont s’offrir aux yeux des voyageurs. Ils permettent aux autres extraits, dans un parcours très représentatif, de donner une image de l’univers très contrasté du compositeur, les morceaux étant enchaînés pour des raisons de livret (de l’arrivée au départ) mais aussi d’apparentement musical. Notons que le programme composé de 23 numéros emprunte à l’opéra-bouffe en majorité, mais aussi à l’opéra féerie pour le Voyage dans la lune et à l’opéra-comique pour les Contes d’Hoffmann, les deux ouvrages créés sous la troisième République.

La metteure en scène Claire Manjarrès s’est déjà investie dans des productions d’opéras respectueuses des problématiques sociétales d’aujourd’hui. Elle a réalisé une mise en espace et en mouvements qui ne s’est pas contentée de faire se succéder les morceaux comme dans un concert. Les mouvements sont chorégraphiés et c’est de façon très fluide qu’on passe d’un air à un autre. La proposition fourmille d’idées où la mélancolie, le réalisme mais aussi l’entrain, le burlesque et la bouffonnerie sont des traductions très originales et imaginatives de la musique, avec un chœur sollicité souvent dans ses individualités. L’interaction avec le public fonctionne d’ailleurs fort bien.

Best Offenbach©Ville de Limoges 2
©Ville de Limoges

Avec quelques accessoires basiques et l’artifice pour le final de la pièce à écriteaux, les choristes déclinent la fête, la capitale, le vin. Les numéros emblématiques de la Vie parisienne ponctueront le spectacle : les chœurs lors de l’arrivée des étrangers à Paris ou celle des « petites gens » dans le « monde » (« Nous entrons dans cette demeure »), mais aussi les tubes « Oui, voilà la vie parisienne » et le cancan « Feu partout ! », ce dernier, acmé de l’opéra-bouffe, interprété avec un humour décapant. Mais on n’oublie pas aussi qu’à Paris on peut « servir la bouillabaisse », chœur venu de la version d’origine reconstituée en 2022 par le Palazzetto Bru Zane du titre phare d’Offenbach. Ce sont tous les ressorts de la société qui sont en cause : l’exaltation et l’ivresse, mais aussi, l’envers du décor, les déconvenues qui ne vont pas tarder, la faim aussi ; les invités de Gardefeu se présentent non sans raison avec « un appétit d’enfer ».

Avec une imagination non moins débordante les autres passages rythmés du corpus sont bien là : les airs bachiques des « Esprits du vin » et des étudiants qui ouvrent les Contes d’Hoffmann, les chœurs « Faisons ripaille » et « Les fourneaux sont allumés » des Brigands. « Dansons, aimons… » de la Belle Hélène nous conduit en Grèce dans une Nauplie dévergondée ; le galop « Partons » qui termine l’acte II d’Orphée aux Enfers nous conduira non moins joyeusement dans l’antre détourné de Pluton.

Les moments d’enchantement et de poésie trouvent leur place dans le parcours avec la voluptueuse « Barcarolle » des Contes d’Hoffmann ou le « Chœur du sommeil » sur lequel s’ouvre l’acte II d’Orphée aux enfers. Il ne faut pas s’y tromper. Si les chœurs incarnent des forces dramatiques productrices d’intrigues, ils évoquent aussi des climats qui ne sont pas faits pour maintenir le nirvana : Venise, la lune (« Aahhh ») ou l’Olympe ne seront pas des facteurs durablement apaisants ; ils seront même mortifères pour les Contes d’Hoffmann.

Les extraits sont non seulement scénarisés et bien éclairés par Julien Vigier comme le superbe « Finale de la neige » (« Il neige ») dans le Voyage dans la lune (représenté par des personnages parés de couvertures de survie isothermiques), mais encore tuilés, afin que jamais l’attention ne se relâche. La réécriture n’est jamais loin comme dans cette page célèbre des « Carabiniers » des Brigands où viennent s’insérer quelques mesures de la Grande Duchesse de Gérolstein.

Le chœur se démultiplie (dans les deux sens) du terme pour affronter des numéros difficiles et en faire des pages cardinales et rayonnantes du corpus offenbachien. C’est un remarquable ensemble de solistes qui transitent, se répondent, se fondent ; les voix sont franches, puissantes et harmonisées, les registres sûrs, sous la direction d’Arlinda Roux Majollari, une cheffe attentive au chant (sa couleur, ses timbres, sa rythmique…), dans sa relation précise aussi à la scène et à un jeu qui ne laisse guère souffler.

Élisabeth Brusselle très au fait du répertoire assure l’accompagnement au piano avec maestria, la musique d’Offenbach ne pouvant pas se trouver mieux servie.

Le public qui lui aussi ne voyait pas le temps passer semblait en redemander encore…

Didier Roumilhac
17 janvier 2026 (Espace Georges Brassens, Feytiat)

Conception et direction musicale : Arlinda Roux Majollari
Piano / Cheffe de chant : Élisabeth Brusselle
Mise en espace et mouvements : Claire Manjarrès
Lumières : Julien Vigier

Chœur de l’Opéra de Limoges
Soprani : Nathanaëlle Bedouet, Marine Boustie, Loudmila Boutkov, Pénélope Denicia, Anne-Marie Jacquin, Natalia Kraviets, Elena Valsamakina
Alti : Agnès Cabrol De Butler, Floriane Duroure, Maria-Christinia Eso, Xu Fang, Johanna Giraud, Élisabeth Jean, Jiya Park
Ténors : Martial Andrieu, Laurent Cabanel, Jean-Noël Cabrol, Christophe Gateau, Stéphane Lancelle, Josué Miranda, Julien Oumi
Barytons et Basses : Christophe Di Dominico, Pascal Gmyrek, Fabien Leriche, Marc Malardenti, Martin Queval, Jamie Rock, Grégory Smoliy

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