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FESTSPIELHAUS BADEN-BADEN : Une « pétillante Cenerentola »

FESTSPIELHAUS BADEN-BADEN : Une « pétillante Cenerentola »

dimanche 16 novembre 2025

©Michael-Bode

Rossini a séjourné à Baden-Baden lors de sa tournée thermale en Allemagne en 1856. Très célèbre dans le monde entier, il était déjà bien établi dans la capitale estivale à la mode, puisque la première allemande de son Stabat Mater a eu lieu ici, dans le vieux théâtre, en 1842. Il avait composé son opéra le plus romantique 25 ans plus tôt La Cenerentola.

Thomas Hengelbrock à la tête de l’Orchestre Balthasar Neumann et le Chœur Balthasar Neumann, présente ce soir, La Cenerentola opéra « romantique » de Rossini, sous une forme semi-scénique réalisée très fidèlement par Vincent Huguet, avec les décors réalisés par Pierre Yovanovitch et les costumes très originaux confectionnés par Charles de Vilmorin.

Thomas Hengelbrock démontre une fois de plus qu’il aime faire des découvertes surprenantes dans ses interprétations illustrant agréablement le chef d’œuvre de Rossini.

Pour la petite histoire : Baden-Baden possède une histoire musicale incroyablement riche. La capitale estivale mondaine a en effet accueilli le grand Rossini ainsi que Pauline Viardot, sa célèbre interprète qui y a vécu quelque temps. Angelina de La Cenerentola ayant été l’un des rôles phare de la mezzo de légende, il paraissait plus qu’évident de réunir les deux illustres figures de l’art lyrique en mettant son opéra à l’affiche du Festspielhaus. La mise en scène très fidèle, fraîche et enthousiaste de Vincent Huguet, a agréablement illustré le chef-d’œuvre du compositeur.

Présentée dans une version semi scénique, avec une mise en espèce très judicieuse, un ensemble de voix qui ne sont pas celles de superstars, cette superbe Cenerentola s’est révélée être un spectacle éblouissant et génial !!!.

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©Michael-Bode

En effet, le metteur en scène français Vincent Huguet a choisi une voie simple et originale. Dans des décors dépouillés et réduits au minimum (deux canapés, deux fauteuils, trois lustres, une citrouille !!!, des jeux de lumières ingénieux et beaucoup d’imagination, il a fait preuve d’une belle intelligence scénique pour donner vie à ces personnages polissons à souhait dont on a ressenti la complicité totale. On sent un vrai travail d’équipe, sain et surtout productif avec une astucieuse direction d’acteurs. Et également, une mention spéciale pour le travail de Charles de Vilmorin, jeune créateur de mode. Il y donne du léopard, du zèbre, des plumes et une belle robe « plissée » pour l’héroïne de ce soir Angelina, alias Cenerentola. Le prince charmant, en jeans, adopte une tenue plus moderne, ce qui donne un léger décalage joyeux, mais toujours respectueux.

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©Michael-Bode

Les artistes du Balthasar-Neumann Chor, que des « Messieurs » car Rossini n’a pas retenu les voix féminines), évoluent avec naturel et une qualité de chant remarquable.

Littéralement dopé par la battue énergique de Thomas Hengelbrock à la tête du Balthasar-Neumann Orchester dont on apprécie les sonorités de chaque instrument (instruments anciens) tout le plateau est « survitaminé ». Quel plaisir de les voir ainsi évoluer ! Le chef tout sourire impose un rythme endiablé tout le long de l’œuvre à son petit monde qui ne demande pas mieux.

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©Michael-Bode

Côté plateau, la distribution vocale est homogène jusque dans les plus petits rôles. Aussi ingrats que soient leurs personnages, la soprano Alice Rossi campe une Clorinda très maniérée, dont on apprécie l’art du faire-valoir.
La mezzo-soprano Justyna Rapacz est une Thisbe moins insupportable que d’habitude et son timbre chaud n’a pas les acidités comme à l’accoutumée, ce qui permet aux ensembles de sonner toujours bel canto.
Leur père, Don Magnifico, est incarné par le baryton Misha Kiria, grand habitué des rôles bouffe, est au sommet de son art, exposant avec gourmandise toutes les facettes de son truculent personnage.

Côté cour du Prince, un autre baryton d’exception, Edward Nelson est un Dandini de première classe dont il joue le rôle avec ironie et mordant.
Même dans ses courtes apparitions, Adolfo Corrado, dans le rôle du précepteur Alidoro, impose sa belle voix de basse avec une présence et des moyens certains.

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©Michael-Bode

En vif contraste, le ténor léger Levy Sekgapane, fait merveille dans le rôle de Don Ramiro. Très à l’aise, le jeune chanteur se montre généreux dans ses vocalises vaillantes, avec un timbre clair et lumineux, lançant un incroyable aigu qu’il tient jusqu’à l’exploit.

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©Michael-Bode

Et pour finir, on est subjugué par le timbre particulièrement sombre de la mezzo-soprano Maria Kataeva, qui confère de suite gravité et sérieux au personnage d’Angelina, Cendrillon triomphante parce qu’elle a choisi la bonté telle que le voulait Rossini, mais avant tout une maîtresse femme intelligente et patiente pour arriver à ses fins. Elle est impressionnante d’agilité, de maîtrise pour sa voix et ses vocalises sont impressionnantes, avec de belles nuances.

Soliste, chœurs, musiciens et bien sûr le chef Thomas Hengelbrock ont contribué à la réussite de ce beau spectacle comme on souhaiterait en voir plus souvent.

Marie-Thérèse Werling
16 novembre 2025

DISTRIBUTION :

directeur musical : Thomas Hengenbrock
mise en scène : Vincent Huguet
lumières : Christophe Forey
Maria Kataeva, Alice Rossi et Jutyna Rapacz Olow portent des costumes de Charles de Vilmorin.
Les décors ont été réalisés au Théâtre de Bâle par Pierre Yovanovitch

Don Ramiro, Prince de Salerno : Levy Sekgapane
Dandini (son ami) : Edward Nelson
Don Magnifico, Baron de Monte Fiascone : Misha Kiria
Angelina surnommée Cendrillon, (belle fille de Don Magnifico) : Maria Kataeva
Clorinda (fille de Don Magnifico) : Alice Rossi
Tisbe (la deuxième fille de Don Magnifico) : Justyna Rapacz Olow
Alidoro, philosophe : Adolfo Corrado

Les chœurs d’hommes du Balthasar Neumann- Chor
Chef des chœurs : Detlef Bratschke

Le Balthasar-Neumann Orchestre – assistant musical : Jakub Przbycien

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