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Le Bayerisches Staatsorchestrer célèbre Gershwin à l’Isarphilarmonie de Munich

Le Bayerisches Staatsorchestrer célèbre Gershwin à l’Isarphilarmonie de Munich

mardi 25 novembre 2025

© Geoffroy Schied

Un concert exceptionnel pour célébrer le centenaire de la création du Concerto en fa de George Gershwin,  dont la première représentation publique fut donnée le 3 décembre 1925 au Carnegie Hall de New York par le New York Symphony Orchestra dirigé par Walter Damrosch, alors doyen des chefs d’orchestre américains, et avec Gershwin au piano.

Il y a cent ans, une œuvre musicale majeure était présentée au public pour la première fois : le Concerto en fa de George Gershwin, son unique concerto pour piano et sa première œuvre orchestrale entièrement réalisée par lui-même – un chef-d’œuvre de la musique du XXe siècle. Le compositeur et pianiste, déjà mondialement connu, y réalisait une fusion de styles et de formes qui semblaient auparavant incompatibles et que nul autre n’a, depuis, combinée avec autant de naturel. Pour célébrer cet anniversaire, le Concerto en fa a été interprété par l’Orchestre d’État de Bavière dirigé par Vladimir Jurowski avec au clavier le virtuose canadien du piano Marc-André Hamelin. 

À l’occasion du centenaire de la première, la maison d’édition munichoise G. Henle, connue pour ses éditions Urtext axées sur la pratique d’interprétation, a publié une édition critique de ce concerto pour piano, rétablissant le texte musical tel que laissé par Gershwin – sans les prétendues améliorations ultérieures d’autres arrangeurs. 

Le directeur musical général Vladimir Jurowski situe l’œuvre dans le contexte américain de son époque : aux côtés d’une autre œuvre orchestrale et de trois mélodies de Gershwin (interprétées par Natalie Lewis), ainsi que de la seconde Symphonette américaine de Morton Gould, trop peu connu en Europe, et des trois Variations sur les danses du digne successeur de Gershwin, Leonard Bernstein. 

« Ses mélodies ne sont ni le fruit d’une combinaison, ni d’une union mécanique, mais des entités unifiées et, de ce fait, indissociables. Mélodie, harmonie et rythme ne sont pas soudés, mais forgés. » (Arnold Schoenberg à propos de George Gershwin) 

« La musique est la musique. » (Alban Berg, à la conclusion d’une discussion sur la valeur des mélodies de Gershwin)

Programme

George Gershwin, Cuban Overture
Leonard Bernstein, Three Dance Variations
George Gershwin 3 Songs (“’S Wonderful”, “Blah Blah Blah”, “I Got Rhythm”)
Morton Gould, Symphonette No. 2 (Second American Symphonette)
George Gershwin, Concerto en Fa

Le concert

Le concert est intitulé We Got Rhythm, un titre emprunté à ” I Got Rhythm “, la troisième chanson de la soirée. Le titre donne le ton de la soirée, il est inclusif,  ce We peut évoquer tant l’orchestre que le public qu’il invite à se laisser emporter par le rythme.

Cuban Overture

C’est ce qui se produit dès le premier morceau, L’Ouverture cubaine, une ouverture symphonique pour orchestre composée par George Gershwin à l’été 1932, alors qu’il venait passer en février de cette année quinze jours de vacances à La Havane. On est tout de suite sous la fascination des rythmes des Caraïbes et des percussions cubaines que Gershwin avait pu découvrir dans les soirées de la capitale insulaire. La richesse, le raffinement et la complexité de la composition sont époustouflantes. Quatre percussionnistes impriment le rythme  en jouant tout en balançant leurs corps de manière synchrone.

Three Dance Variations

Le jeune Bernstein, âgé de 26 ans. avait en 1944 donné la première de son ballet Fancy Fee dont il avait fait graver deux ans plus tard les numéros musicaux les plus importants, dont les Three Dance Variations.  Le ballet se déroule en 1944 dans l’Amérique en guerre. Dans le ballet, le rideau se lève sur un coin de rue avec un lampadaire, un bar de quartier et les gratte-ciel de New York illuminés, créant une toile de fond vertigineuse. Trois marins en goguette font irruption sur scène. Ils sont en permission de 24 heures dans la ville et à la recherche de filles. L’histoire raconte comment ils rencontrent d’abord une première fille, puis une deuxième et comme ils sont trois, ils se disputent, ce qui provoque le départ des filles. Les « Trois variations de danse » surviennent vers la fin du ballet, lorsque les trois marins et les deux femmes tentent de décider qui sera « l’intrus ».  Il est décidé qu’un « concours de danse » éliminera le malheureux marin qui perdra la compétition.  Le premier marin danse un galop, le deuxième une valse et le troisième un danzón. L’orchestre rend admirablement le long galop d’entrée, une musique à la manière autrichienne transposée dans les sons de Broadway. Vient ensuite une valse plus mélancolique avec des rythmes décalés. La troisième variation intitulée ” Danzón ” s’inspire  d’une danse de salon d’origine cubaine mise à la mode dans les années 1880, un genre musical caractérisé par une rythme syncopé d’origine africaine.

We got rhythm 2025 V.Jurowski N.Lewis c G.Schied 2 1 1
© Geoffroy Schied

3 Songs 

Quoi de plus rythmique que les chansons de music hall de Gershwin, composées sur les textes de son frère Ira, surtout lorsqu’elles sont  délicieusement interprétées par la mezzo-soprano américaine Natalie Lewis dont la voix riche et opulente captive dès les premières mesures ? Natalie Lewis apparaît vêtue d’une longue robe rose au tissu brillant, elle fascine d’entrée par une présence scénique généreuse, phénoménale et d’un parfait aplomb. La puissance chaleureuse et charismatique de la voix n’a d´égale que le raffinement des intonations dans l’expression émotionnelle. Natalie Lewis s’investit corps et âme et accompagne sa prestation d’un pas de danse enjoué et swingant. Elle finit par inviter le public à l’accompagner en battant la mesure. Elle triomphe dans les trois mélodies, — “S Wonderful” du music hall Funny Face, “Blah Blah Blah” provenant d’un music hall avorté East is west et “I Got Rhythm” extrait de Girl crazy —, et donnera encore deux rappels, l’incontournable “Summer Time” et la reprise de “I Got Rhythm”. 

Symphonette

La Symphonette de Morton Gould qui date de 1939 est pour la plupart une heureuse découverte. Le terme se réfère à l’italien ” Sinfonietta “, une œuvre certes symphonique, mais plus courte, plus légère que sa grande soeur. Il amuse par sa ressemblance alimentaire avec la kitchenette, la superette où la dînette. Et c’est vrai qu’on la déguste et qu’on apprécie ses saveurs qui s’inscrivent dans la tradition des Big-Bands américaines ou du jazz. Ainsi du très “bluesy” solo pour trompette. Toute la symphonette est placée sous le signe de la force concentrée et énergique, ce qui est particulièrement audible dans le finale où les cuivres ont la part belle.

We got rhythm 2025 M.A.Hamelin c G.Schied 3 1
© Geoffroy Schied

Le Concerto en fa de Gershwin (1925)

Cette formidable soirée se termine en apothéose avec le Concerto en fa, un tour de force du compositeur qui a littéralement appris tout seul à composer et à orchestrer. Rappelons que lorsqu’il a écrit Rhapsody in Blue, l’année précédente, cette pièce avait dû être orchestrée par Ferde Grofe. Quand on lui a commandé un concerto pour piano plus traditionnel, il s’est plongé dans des livres sur la composition et l’orchestration, et a tout fait lui-même. C’est là un des traits du génie de George Gershwin : sa progression en tant que compositeur en l’espace de 18 mois a été incroyable. 

Ici aussi on retrouve le motif jazz, transformé et adapté aux instruments d’un orchestre symphonique. La musique a commencé par un rugissement des cuivres, puis s’est rapidement calmée pour laisser place à une mélodie ample et insistante, avec des harmonies changeantes et le motif du charleston sur les instruments à vent tempéré par les cordes. Le mouvement lent était un « blues » ressemblant à des improvisations mélancoliques de musiciens afro-américains. Tout le génie de Gershwin est là, avec son mélange de vigueur et de tendresse, et ses thèmes rhapsodiques à la fois fluides et incisifs. Une musique qui nous touche immédiatement au cœur. La puissance torrentielle de la musique se mâtine d’un charme et d’une élégance sophistiquée. 

Cette musique est d’une beauté confondante, surtout quand elle est interprétée par le Bayerisches Staatsorchester, un des meilleurs au monde, et par le pianiste canadien Marc-André Hamelin, grand spécialiste de Gershwin qu’il joue de mémoire. On ne pouvait rêver meilleur concertiste pour nous faire découvrir l’essence même du Concerto en fa dans sa version originale restituée. Le pianiste recueille une immense ovation, partagée avec l’orchestre et son chef et qui salue une soirée hautement mémorable.

Luc-Henri Roger
25 novembre 2025

Source : l’introduction est traduite du texte de présentation des organisateurs

Crédit photographique © Geoffroy Schied

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